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Un album d'ouverture, annonciateur du style et des thèmes qui seront développés par la suite. Caractéristique partagée seulement avec VEUILLEZ RENDRE L'ÂME, les textes oscillent entre noirceur et gravité. Noirceur, avec l'évocation furtive mais réitérée de la mort ("et je souris pour le photographe / qui va nous figer / notez mon epitaphe / notez !" et "maria s'endort elle invite les morts / les petits anges bleus lui sucent les yeux").

Gravité, avec des thèmes plus "philosophiques" ("la solution est sans doute amère / si l'on considère / qu'on n'sait pas où ça mène... / quelqu'un ici pourrait-il me dire / quelles sont les raisons qui me poussent ?").

La langue et ses figures de styles les plus diverses sont maniées avec dextérité("elle a changé d'angle / et étend ses jambes / interminables / comme un jour sans nuit", "dans ton océan lacrymal / tout n'a pas l'air d'être sans mal / et moi qui plonge / j'sais même pas nager"); l'humour et des jeux sur les mots à la façon de rappeurs comme MC Solar sont aussi au rendez-vous ("si je suis couché , je n'joins pas les " debouts ", "engraisseurs de normes/et fils de mornes/vous perdrez la tête/et vous perdrez les os").


Un grand succès avec Aux sombres héros de l'amer (là encore un jeu de mot basé sur une homonymie !). Et puis des "classiques", qui seront repris régulièrement au cours des concerts à venir: Les écorchés, La chaleur, mais aussi Le fleuve ou À l'arrière des taxis.

On retrouve la noirceur des thèmes de OU VEUX-TU QU'JE R'GARDE ; elle est cependant exarcerbée et portée à son paroxysme: dominent ici un certain pessimisme sur la vie, qui n'apporte pas ce qu'on attend d'elle ("What i need is never found / What i need is never done / What i need is ever wasted") et sur les jours qui s'écoulent trop vite ("What i need too much is days / What i need too much is nights / What i need is lost in the lights", "Comme le temps qui coule essaie / De nous assassiner"). Que faire, à part laisser couler ses larmes ("Et comme les illusions croûlent / Je pouvais pleurer tout mon soûl") ?

La mort et ses hôtes est présente, aussi ("Ghosts are waiting for you") - le nom même choisi pour l'album est d'ailleurs, à ce titre, évocateur. La mort est, ici, violente; purificatrice, elle délivre l'assassin de son mal-être (exprimé par la chaleur, fréquemment présente dans cet album: La chaleur, Joey 2)

La souffrance et les drogues dures semblent être les compagne de cette mort décidément omniprésente (Les écorchés).

 
Bref, à l'image de Joey, Noir Desir a de bien étranges pensées

Pourtant on trouve un certain décalage entre le caractère sombre des textes et le ton de la musique; et puis les paroles font preuve d'un certain sens de l'humour, obtenu de nouveau par un maniement habile des mots ("Oh, ton âme est lasse / Elle a dû trop revoir hélas..", "Y'a nos hématomes crochus qui nous / Sauvent"). Et puis, Noir Desir reviendra à des thèmes plus classiques - et plus sains - dans les albums suivants.


Tonalités plus douces que pour le sombre VEUILLEZ RENDRE L'ÂME. Des sentiments plus tendres y font leur apparition. L'amour en particulier y occupe une place de choix, même s'il est accompagné au pire de la douleur ( "tu m'donnes le mal, oh mal / c'est la spirale infernale), au mieux de la mélancolie ("quand les amoureux / s'ramassent a la pelle / toutes les feuilles mortes /se marrent entre elles"). Des thèmes somme toute très romantiques, empruntés aux grands auteurs français du 19è siècle.

La légèreté est aussi de mise, avec un titre comme La chanson de la main, chanson éminemment futile et inutile, qui le reconnaît et le revendique ("elle vient, elle vient / de loin la chanson de la main / fin / (il vaut mieux)").

Décidément, Bertrand Cantat a du mal à garder son sérieux, même lorsqu'il aborde des thèmes plus graves. Ainsi, The holy économic war répond à à l'éternelle interrogation du "pourquoi" de la vie - préocupation dont on retrouve les prémices dès les premier album - ("so what about this new day on my way / is there anything new, what are we gonna do ?") . Mais Noir Desir répond par l'ironie et la critique: l'homme est sur terre pour travailler encore et encore, afin d'emporter la sainte guerre économique ("you've got to work hard more / and more / for the holy economic war") ! Quelle joie d'avoir trouvé le sens de notre existence ("god, it's wonderful to find the meaning of life") !

Mais Noir Desir n'a pas dit son dernier mot, et le sujet est de nouveau abordé par la suite; dans Pictures of yourself le narrateur se plaint: " i'm so silly / don't no what i'm living for".

Des tonalités plus chaudes que pour les albums précédents, donc. Un brin de phylosophie et de romantisme. Telle est l'alchimie à l'origine de ce troisième album. Un très bon cru. Qui a eu tout le temps de prendre de la bouteille ! 

Politisation, révolte et contraste sont les maîtres mots de cet album. Le fashisme est fermement condamné (" we'll never stand fascism anymore") dans une chanson rageuse (Here it comes slowly); le racisme aussi (" marianne rebelle me disait / qu'elle est plus jolie metissée / ici paris"). L'appât du gain et la cupidité naturelle des hommes sont eux aussi épinglés ("chacun pour soi, tous pour les sous / solidaires"). L'espoir côtoie la désillusion et le constat d'un monde corrompu dans Tostaky ("de l'Amérique vendue / à des gyrophares crus / pour des nouveaux faisceaux / pour des nouveaux soleils / pour des nouveaux rayons / pour des nouveaux soleils").

 

Contraste ensuite, avec la poésie, qui fait son entrée. Par la grande porte. L'amour offert par Marlène fait face à la haine et à la guerre; et puis surtout l'imaginaire et le rêve sont rois dans Alice ("alice a le doigt / qui se perd sur le globe / elle suit la tracé des rivières / et traverse la terre / alice a le doigt") et dans Lolita nie en bloc ("et puis son doigt décrit dans l'air des etoiles / ou bien des éclairs elle ignore si superbement / les sentiments les aléas de l'amour elle s'avance / vers la fenêtre abandonnee lascive et elle / couvre le ciel de mille signes étranges et inconnus de tous").

Oui, Noir Désir est comme ça… politicien et poète à la fois.

Dies Irae tient lieu de "Best off" de Noir Desir. On y retrouve, certes, douze des 13 titres issus de TOSTAKY, l'album homonyme de la tournée qui a suivi sa sortie (seul 7 minutes manque à l'appel), dont certains ont été retravaillés. Mais Noir Désir n'a pas tourné le dos au passé et on peut retrouver dans ce "florilège" les titres phares des albums antérieurs:

OU VEUX-TU QU'JE R'GARDE, avec La rage

VEUILLEZ RENDRE L'AME, avec A l'arrière des taxis, Le fleuve, Les écorchés

DU CIMENT SOUS LES PLAINES, avec No, No, No, En route pour la joie, The holy économic war

En réalité, ces chansons, déjà anciennes, montrent un visage qu'on ne leur connaissait pas, avec leur reprise sur scène. Les sons sont désormais, à l'image de TOSTAKY, électriques et puissants, bien loin des tonalités "unplugged" des débuts. C'est bien dans un jour de colère (traduction française de Dies irae) que ces chansons ont été retravaillées et remises en adéquation avec le nouveau visage du groupe. Bien rares sont les groupes qui se radicalisent avec les années. Noir Desir en fait partie.

 

Constat amer de cette fin de siècle: citons pêle-même corruption et double jeu ("Même les shérifs ceux qu'on achète / On les distingue mal des bandits", et "Au bistrot comme toujours / il y a de beaux discours / Au poteau les pourris, les corrompus aussi / Dents blanches et carnassiers / Mais à la première occasion / chacun deviendrait le larron / de la foire au pognon oui qui se trame ici"), accélération de l'histoire ("j'avais envie de venir aussi / Mais voyez-vous ça va trop vite / N'allez pas si vite") et course à l'efficacité économique ("Enclenchez la fonction mémoire / il faut produire et / reproduire encore").

Les déboires des années 80 et 90 font les beaux jours de "quelques fascisants autour de 15%". Le FN, c'est la souffrance.

Dans L'homme pressé, Noir Désir s'attaque à une autre institution de cette fin de siècle et se plaît à faire un portrait-robot caricaturé à volonté - mais pas gratuit - de l'homo médiaticus: conquérant des ondes, il croit tout savoir mais ne sait rien ("j'ai envahi le monde/Que je ne connais pas/Peu importe j'en parle/peu importe je sais"). Roi de l'audimat, il cherche à s'enrichir et cherche à faire des affaires (comme l'ont fait Messieurs Bouygues: "Moi je suis riche, très riche, j'fais dans l'immobilier/Je sais faire des affaires") aux dépens de ceux qui l'écoutent, au cerveau plus ou moins délavé par la télévision ("J'ai les hommes à mes pieds/Huits milliards potentiels de crétins asservis").

Enfin, la réussite et l'échec, la volonté de s'élever résonnent comme un leitmotiv dans A ton étoile et Ernestine ("Ernestine / Les places sont chères ici-bas / Le chant des cimes / S'atteint ou ne s'atteint pas").

À la noirceur des débuts répond donc un constat amer devant une société sur la mauvaise pente. Mais le goût et le désir de vivre sont les plus forts (" On veut de la vie / Longtemps, longtemps, longtemps / longtemps / Longtemps, longtemps, longtemps", et "A Marcos / A la joie / A la beauté des rêves / A la mélancolie / A l'espoir qui nous tient / A la santé du feu / Et de la flamme / A ton étoile"). Et puis, "On en aura des saisons / Des torrides et des blêmes".

Ce tiraillement permanent entre l'obscurité et le bonheur ne se fait pas sans peine: comment dissocier deux sentiments - pourtant si différents - quand le monde rappelle sans cesse l'un quand on ne veut penser qu'à l'autre ? ("Entends-tu les autres qui se battent / A la périphérie / Et même si tes yeux / Dissolvent les comètes / Qui me passent une à une / Au travers de la tête / J'y pense encore /J'y pense").

 

 

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© 1998-2007.....Florent GARNIER