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. Gravité, avec
des thèmes plus "philosophiques"
("la
solution est sans doute amère / si l'on
considère / qu'on n'sait pas où
ça mène... / quelqu'un ici
pourrait-il me dire / quelles sont les raisons qui
me poussent ?"). La langue et ses figures
de styles les plus diverses sont maniées
avec dextérité("elle
a changé d'angle / et étend ses
jambes / interminables / comme un jour sans nuit",
"dans ton océan lacrymal / tout n'a pas
l'air d'être sans mal / et moi qui plonge /
j'sais même pas nager");
l'humour et des jeux sur les mots
à la façon de rappeurs comme MC
Solar sont aussi au rendez-vous ("si
je suis couché , je n'joins pas les "
debouts ", "engraisseurs de normes/et fils de
mornes/vous perdrez la tête/et vous perdrez
les os").
La mort et ses hôtes est présente, aussi ("Ghosts are waiting for you") - le nom même choisi pour l'album est d'ailleurs, à ce titre, évocateur. La mort est, ici, violente; purificatrice, elle délivre l'assassin de son mal-être (exprimé par la chaleur, fréquemment présente dans cet album: La chaleur, Joey 2) La souffrance et les drogues dures semblent être les compagne de cette mort décidément omniprésente (Les écorchés). Pourtant on trouve
un certain décalage entre le caractère
sombre des textes et le ton de la musique; et puis les
paroles font preuve d'un certain sens de l'humour,
obtenu de nouveau par un maniement habile des mots ("Oh, ton
âme est lasse / Elle a dû trop revoir
hélas..", "Y'a nos hématomes crochus qui nous
/ Sauvent"). Et puis, Noir Desir reviendra à des
thèmes plus classiques - et plus sains - dans les
albums suivants. La
légèreté est aussi de
mise, avec un titre comme La
chanson de la main,
chanson éminemment futile et inutile, qui le
reconnaît et le revendique
("elle
vient, elle vient / de loin la chanson de la main /
fin / (il vaut mieux)"). Décidément,
Bertrand Cantat a du mal à garder son
sérieux, même lorsqu'il aborde des
thèmes plus graves. Ainsi,
The holy
économic war
répond à à l'éternelle
interrogation du "pourquoi" de la vie -
préocupation dont on retrouve les
prémices dès les premier album -
("so what
about this new day on my way / is there anything
new, what are we gonna do ?")
. Mais Noir Desir répond par l'ironie et la
critique: l'homme est sur terre pour travailler
encore et encore, afin d'emporter la sainte guerre
économique ("you've
got to work hard more / and more / for the holy
economic war") ! Quelle
joie d'avoir trouvé le sens de notre
existence ("god,
it's wonderful to find the meaning of
life") ! Mais Noir Desir n'a pas dit
son dernier mot, et le sujet est de nouveau
abordé par la suite; dans
Pictures
of yourself le narrateur
se plaint: "
i'm so silly / don't no what i'm living
for". Des tonalités plus
chaudes que pour les albums
précédents, donc. Un brin de
phylosophie et de romantisme. Telle est l'alchimie
à l'origine de ce troisième album.
Un très bon cru. Qui a eu tout le
temps de prendre de la bouteille !
Contraste ensuite, avec la poésie, qui fait son entrée. Par la grande porte. L'amour offert par Marlène fait face à la haine et à la guerre; et puis surtout l'imaginaire et le rêve sont rois dans Alice ("alice a le doigt / qui se perd sur le globe / elle suit la tracé des rivières / et traverse la terre / alice a le doigt") et dans Lolita nie en bloc ("et puis son doigt décrit dans l'air des etoiles / ou bien des éclairs elle ignore si superbement / les sentiments les aléas de l'amour elle s'avance / vers la fenêtre abandonnee lascive et elle / couvre le ciel de mille signes étranges et inconnus de tous"). Oui, Noir Désir est comme ça politicien et poète à la fois.
OU VEUX-TU QU'JE R'GARDE, avec La rage VEUILLEZ RENDRE L'AME, avec A l'arrière des taxis, Le fleuve, Les écorchés DU CIMENT SOUS LES PLAINES, avec No, No, No, En route pour la joie, The holy économic war En réalité, ces chansons, déjà anciennes, montrent un visage qu'on ne leur connaissait pas, avec leur reprise sur scène. Les sons sont désormais, à l'image de TOSTAKY, électriques et puissants, bien loin des tonalités "unplugged" des débuts. C'est bien dans un jour de colère (traduction française de Dies irae) que ces chansons ont été retravaillées et remises en adéquation avec le nouveau visage du groupe. Bien rares sont les groupes qui se radicalisent avec les années. Noir Desir en fait partie.
Les
déboires des années 80 et 90 font les
beaux jours de "quelques fascisants autour de 15%".
Le FN, c'est la souffrance. Dans L'homme
pressé, Noir Désir s'attaque à
une autre institution de cette fin de siècle
et se plaît à faire un
portrait-robot caricaturé à
volonté - mais pas gratuit - de l'homo
médiaticus: conquérant des ondes,
il croit tout savoir mais ne sait rien ("j'ai
envahi le monde/Que je ne connais pas/Peu importe
j'en parle/peu importe je sais"). Roi de l'audimat,
il cherche à s'enrichir et cherche à
faire des affaires (comme l'ont fait Messieurs
Bouygues: "Moi je suis riche, très riche,
j'fais dans l'immobilier/Je sais faire des
affaires") aux dépens de ceux qui
l'écoutent, au cerveau plus ou moins
délavé par la
télévision ("J'ai les hommes à
mes pieds/Huits milliards potentiels de
crétins asservis"). Enfin, la
réussite et l'échec, la
volonté de s'élever
résonnent comme un leitmotiv dans A ton
étoile et Ernestine ("Ernestine / Les places
sont chères ici-bas / Le chant des cimes /
S'atteint ou ne s'atteint pas"). À
la noirceur des débuts répond donc un
constat amer devant une société
sur la mauvaise pente. Mais le goût et le
désir de vivre sont les plus forts (" On
veut de la vie / Longtemps, longtemps, longtemps /
longtemps / Longtemps, longtemps, longtemps", et "A
Marcos / A la joie / A la beauté des
rêves / A la mélancolie / A l'espoir
qui nous tient / A la santé du feu / Et de
la flamme / A ton étoile"). Et puis, "On en
aura des saisons / Des torrides et des
blêmes". Ce
tiraillement permanent entre l'obscurité et
le bonheur ne se fait pas sans peine: comment
dissocier deux sentiments - pourtant si
différents - quand le monde rappelle sans
cesse l'un quand on ne veut penser qu'à
l'autre ? ("Entends-tu les autres qui se battent /
A la périphérie / Et même si
tes yeux / Dissolvent les comètes / Qui me
passent une à une / Au travers de la
tête / J'y pense encore /J'y
pense").
à
venir ! |
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