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Toutes ces photos ont été prêtées à destination.noir-désir par Barbara NEYMAN. Elles sont plus qu'inédites. Merci de ne pas les reproduires sans l'autorisation de leur auteur. Merci vraiment à Barbara pour cette belle surprise !
BONUS : Bertrand
Cantat en duo avec Rita Marley, le 15 mai 91, lors du
concert de l'Elysée-Montmartre.
Barbara
NEYMAN, 28 ans, photographe, a suivi Noir
Désir pendant huit ans et a illustré
la pochette de l'album "Dies Irae". Elle traque
les groupes de rock français en quête
d'échanges magnétiques et
identitaires. Barbara
NEYMAN en 11 dates 1972 :
naissance à boulogne Où veux
tu que j'regarde ? Barbara
n'est pas à l'aise sur la petite desserte en
bois qui lui fait office de tabouret. C'est dans la
pièce en sous-sol d'un pavillon de la
banlieue sud, qu'elle s'éclipse d'un
siège de fortune, aussi vite qu'elle s'y
était assise, pour rejoindre un
canapé revêtu d'ikats
indonésiens. Délicate, elle
écrase sa cigarette avant de câliner
un chat borgne, qui ne se fait pas prier pour
s'allonger, en maculant de poils le jean bleu et
tendu de la photographe. Plus sensible au
problème oculaire du chat, elle murmure " ce
n'est pas important, j'ai l'habitude " , puis
laisse un sourire en guise de suspension avant
d'assombrir un visage lunaire et de lait "pour lui,
c'est terrible ! j'ai connu ça avec mes
chats... ". Elle n'en dira pas plus. A ses yeux
ronds et noirs, les chats sont sacrés. Ils
sont ses confidents, son dernier refuge, un abri de
poils mais de griffes aussi, " comme toujours,
c'est une question de balance ". Ils sont aussi
l'ultime photo qu'il y aurait dans l'île
déserte. Une complicité qu'elle ne
tente même pas d'expliquer, il suffit de
regarder, de photographier, " c'est aussi un
échange, le chat ". En plein
projet de livre et à la veille d'une
exposition, Barbara Neyman peine à revenir
sur sa motivation première, prise par son
quotidien " Ce bouquin c'est une galère
motivante, les groupes, toujours sur la route ou en
studio, les à côtés aussi, les
prises de rendez-vous, la course aux
éditeurs et toutes ces histoires de planning
et puis il y a l'agence !" ou
débordée par la pression et
l'organisation artistique " Faut rechercher les
planches, faut faire un tri, comme pour les
souvenirs, lesquels.. ? ". C'est éprouvant
et ces souvenirs autant que ces situations
suffisent à ébranler sa
tranquillité et forcer sa discrétion.
Une pudeur qui l'habille souvent de bleu et de noir
et lui donne ce côté un tantinet
mélancolique " J'aime me souvenir... voire
un peu trop ". Là aussi motus sur cette
enfance tranquille à Neuilly avec des
parents " cools " et laïques, gardant toute sa
lucidité sur les privilèges
hérités " Ils m'ont laissé
faire... ", et se braque presque quand on insiste "
Impasse OK !... " mais laisse filtrer quelques
origines corses, polonaises, anglaises et " Paris
Sud ! " insiste-t-elle avant de classer le sujet
entre les regrets et les espoirs " ...c'est un peu
personnel ". Alors quand on ose, pour ne pas
bouleverser cet intérieur, aborder le
premier déclic qui s'est produit pour en
arriver là, elle rétorque, sa
tête posée sur le dossier et le regard
au plafond, un peu perdue et détachée
" C'est comme ça, c'est
génétique ! ". C'est
à 18 ans que Barbara enclenche l'appareil et
développe, en partie, sa technique au
Lycée Quinault à Paris, un
enseignement qui la déçoit et qui la
frustre " Je n'étais pas à ma place,
comme une étrangère. Nous n'avions
pas le même discours. C'était plus
pour te cadrer que d'élargir ton angle et ta
vision des choses ".La colère en demie
teinte, quand un professeur ironise sur un travail
de fin d'année " Il occultait tout le
côté artistique ", n'importune pas sa
détermination et sa volonté, nobles
qualités qu'elles sait dissimuler sous cette
réserve emplie de charme et
dénuée de fard.
L'événement déterminant sa
carrière est le Festival de Dours
(Belgique), où la jeune Barbara saisit
l'opportunité de réaliser son premier
travail dans la musique. " Un coup de bluff, j'ai
téléphoné à
l'organisateur ", avec l'air d'un presque rien,
prenant cet instant " comme il vient " et comme
tous les autres " prête à capter ce
que le hasard peut apporter. Etre là. Pour
Dours, c'est le hasard des vacances ! ".Elle plonge
dans le grand cirque du rock " mon contraire
m'intrigue " en quête, introspective, de
rencontres, d'échanges et d'intimités
avec les groupes. Un " face à face "
où chacun s'y reflète. C'est le
début d'une collaboration amicale avec les
Black Maria " ma première parution, un des
plus beaux moment de ma vie ", les No Man's Land,
qui l'invitent pour une exposition sur leur dix ans
de carrière où plus récemment
les Cox qui lui demandent de les rejoindre sur la
tournée. " Partir en tournée... il
n'y a pas de mise en scène, obligé
d'être, sans tricher. Ils sont la voix et les
oreilles, je suis l'il. Puis c'est un
voyage... encore de l'autre côté ".
Tout en ménageant son temps, entre des
prises de vue dans les studios de Elle ou les
séances labo chez Gamma, elle compile ses
rencontres en couvrant les Francofolies, les
Eurockéennes et des reportages pour MCM
international ou en occupant les plateaux de
tournage de clips. Barbara gagne la confiance des
troubadours électriques, séduits par
ce bout de femme modérée, presque
effacée, jamais devant mais juste en face ou
à côté, ce qui est un
écart selon l'angle des choses. Modeste,
certes, mais fière quand Noir Désir
la contacte pour illustrer la pochette de l'album
Dies Irae " ils ont été l'un des
premiers groupes à me faire confiance... ".
Barbara suivra les bordelais pendant huit ans avant
d'exposer cette mirifique saga " ... c'était
aussi une reconnaissance de mon travail... alors
reconnaissante ! ", lors d'une soirée
consacrée au groupe. Ses photos,
qu'elles soient de scène ou de composition,
dévoilent une image cachée de ce que
l'on pourrait s'attendre à voir dans un
groupe de rock. Beaucoup de
sérénité et de
quiétude, comme ce portrait de Reuno de
Lofofora ou de Polo s'adonnant à la lecture.
Barbara Neyman a le don de dissoudre les traits de
ses personnages pour ne laisser refléter que
leur profil onirique. Cette caractéristique
donne à l'ensemble un aspect
éthéré et épuré,
presque ascète et paradoxalement,
renforcé par un sens exacerbé et aigu
du détail. Le Rimmel des Cox, la cigarette
de Tiersen ou le pied de micro de Arno. Ceci est
encore plus flagrant dans son travail de
composition. Les courbes érotiques d'une
fourchette, l'eau dans un évier en inox, la
bretelle défaite d'une ballerine " Dans une
composition, malgré la mise en scène,
je me laisse guider. Il y a une grande part de sens
effleurés. Je travaille à vif ".
Une alerte
des sens qui aide à mieux comprendre son
attirance pour le live " La photo surgit s'il se
passe quelque chose avec le sujet. Si le concert
est bon, la photo donnera " et d'exceller dans ce
jeu d'échange et de communion " les artistes
se reconnaissent, donc ,je restitue ce que je
prends ". Touchée par l'univers de Kertesz
et sa fibre pop, le grain à fleur de peau de
Corjbin, il y a une approche
privilégiée et intime liée
néanmoins à la peinture " c'est un
rapport indissociable et une évidence. C'est
lié au regard, donc à l'image et je
n'y vois aucune frontière ". Magritte,
Wharol, Colin " leur façon de cadrer
m'inspire ". Puis, Leibovitz, toujours "
L'essentielle et indispensable " parce que c'est
une histoire similaire, une histoire de femmes, de
photos et de corps mis en scène... ou sur
scène "le corps [des autres]est la
moitié de mon travail, sans, il me manque
quelque chose ". Assurément vital, tout
comme la scène " accro et frustrée si
je n'ai pas l'appareil " où Barbara
renaît, dans le laps de temps d'une prise "
vide de bonheur, cet instant seulement ",
délaissant sa chrysalide, sans toutefois se
laisser bercer par les illusions que procurent les
professions artistiques. Consciente de la
dureté du métier, c'est la
clairvoyance qui prime " Je n'ai jamais
adhéré à un dogme, à un
parti où à une confrérie,
c'est moins difficile en cas de chute... ". Ne
ménageant pas ses propos sur certaines
attitudes " Trop ont la grosse tête, ce n'est
que de la photo et que du rock, faut relativiser",
Barbara transforme ce réalisme en
idéal, réduit à la dimension
humaine et dégagé d'utopie "
L'idéal, c'est maintenant, dans chaque
individu, flou et imparfait. L'utopie, c'est comme
la photo parfaite, quelle horreur ! ". Pour l'heure,
c'est une exposition au Cavern " qui mêlera
live et compos " puis le livre, avec Laurent
Ferrand, ami et collaborateur, sur le rock
français " plutôt des portraits ". Un
livre qu'elle rangera entre les regrets " ne pas
avoir la Mano Negra " et les espoirs "
peut-être Noir Désir ". Elle se
lève, sans bousculer le chat, ramasse son
briquet et couvre ses épaules d'un gilet.
Elle s'agrippe les bras comme pour se ressaisir de
tant d'aveux. Un long silence l'accompagne
jusqu'à la porte. Complice. Comme un secret.
Discret. |
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