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L

es convictions politiques de Noir Désir sont difficiles à cerner tant elles sont floues et parfois ambiguës. Reste quelques pistes, néanmoins.

NOTE AU LECTEUR

Les propos qui suivent:
ne sont pas le reflet des opinions politique du webmaster.
ne sont que le fruit d'une recherche et d'une interprêtation personnelle. Peut-être la vérité est-elle ailleurs ?



Noir Désir à l'Elysée Montmartre, le 30 avril 2000,
au cours du
concert organisé par la Confédération Nationale du Travail
Photo par
Barbara Neyman - reproduction interdite sans l'autorisation de son auteur

Pour commencer, le système capitaliste ne convient pas au groupe, et il le fait savoir dès ses premiers albums, pourtant chiches en références politiques.

Ainsi dans The Holy Economic war (Du ciment sous les plaines - 1990) Cantat écrit-il :

you've got to produce more and more (Tu dois produire encore et encore)
for the holy economic war. (Pour la sainte guerre économique)
business force...
marketing...
careers... (carrières)
success... (Succès)


Et 6 ans plus tard, dans des termes presque identiques, Cantat revient à la charge dans Fin de siècle (666 667 club &endash; 1996)

Enclenchez la fonction mémoire
il faut produire et
reproduire encore

ça n'a pas de fin


Pas Capitalistes donc, mais pas communistes pour autant. C'est ce qu'affirme Cantat dans une interview accordée à l'humanité en 1997. Lisez plutôt :

- Au dernier Printemps de Bourges, Robert Hue est venu vous rendre visite dans les loges. Alors?

- Très sympa ! On a juste devisé ensemble, on a déconné sur son ancien groupe et échangé quelques réflexions - que le Parti communiste doit avoir, j'imagine - sur la présence sur le terrain pour contrecarrer le Front national qui est, lui, très présent. Robert Hue est convaincu qu'il faut réinvestir le terrain. Nous, nous ne sommes pas communistes, mais nous pensons que le terrain ne doit pas être investi par les gens du FN et eux seuls, sinon, c'est un boulevard pour eux...

D'ailleurs dès 1989, on trouve la première trace de ce rejet du communisme dans A l'arrière des taxis (Veuillez rendre l'ame &endash; 1989) :

Vous les avez connus ceux qui
Dans un élan de poésie
Mal contrôlé

A cent à l'heure sur les boulevards

Sur les banquettes de moleskine
En s'en remettant au hasard
Sans plus se soucier de Lénine

Ni capitalistes, ni communistes… Reste l'anarchisme ?

Dans Johnny Colère (Tostaky 1992), la référence à la bannière Noire semble en tout cas explicite…

johnny m'a dit, johnny m'a dit
écarte le rouge, écarte le blanc (le rouge symbole du communisme, le blanc celui du royalisme)
la seule couleur, c'est noir brillant (le noir, symbole de l'anarchisme)

johnny m'a dit, johnny m'a dit
tout ca un soir ou le ciel zèbre d'eclairs
nous declarait "Nous allons fonder le parti unique"

D'ailleurs le nom même Noir Désir pourrait bien constituer la meilleure des preuves… Un nom auquel Barclay s'est longtemps opposé, et que le groupe a su imposer malgré les pressions de la major… A moins que, loin de constituer une référence politique, le nom choisi par les Bordelais ne soit que le reflet d'un certain mal de vivre, palpable dans les premiers albums, aux textes sombres et tourmentés.

Un nom ambigu, donc, qu'il est sans doute nécessaire de juger au regard de la participation de Noir Désir, au cours de l'année 2000, aux journées anticapitalistes organisées par la CNT, une organisation anarco-syndicaliste… Une organisation appréciée par le groupe mais dont il affirme ne pas faire partie.

La référence aux faisceaux, dans Tostaky, titre emblématique du groupe, est quand à elle assez incongrue. Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler que les faisceaux sont le symbole du fascisme italien. Il se présente graphiquement en un paquet de verges liées autour d'une hache, que les licteurs portaient comme symbole de l'autorité des magistrats et de l'union des forces de la cité. Plusieurs mouvements se sont inspirés de ce symbole, mais le plus connu est celui par Mussolini en 1919, Les faisceaux Italiens de combat.

de l'Amérique vendue
à des girophares crus
pour des nouveaux faisceaux
pour des nouveaux soleils
pour des nouveaux rayons
pour des nouveaux soleils


Une référence d'autant plus incongrue que dans le même album Tostaky, Cantat proclame au détour de Here it comes slowly :

we'll never stand fascism anymore


Alors, le terme " faisceau " ne doit-il être pas être considéré qu'au regard du seul champ lexical du couplet (faisceaux, soleils, rayons, soleils) ? Ou encore au regard du seul vers précédent, comme un appel au renouveau d'une police Américaine corrompue et abusive ?

Efin, last but not least, Noir Désir s'est engagé dans une lutte contre le Front National de Jean-Marie Le Pen, devenant l'un des principaux soutient du " sous marin ", le café concert de Vitrolles, emmuré par la marie FN de Brunot Megret (aujourd'hui fondateur du MNR).
Un jour en France (666 667 club &endash; 1996) est d'ailleurs devenu un titre phare de Noir Désir pour les jeunes générations :

Un autre jour en France
Des prières pour l'audience
Et quelques fascisants autour de 15% (Le FN représentait à l'époque 15 % d'électeurs)
Charlie défends-moi !!! (Charlie Hebdo bien sûr)
C'est le temps des menaces
On a pas le choix pile en face
Et aujourd'hui, je jure que rien n'se passe
Toujours un peu plus
F.N, souffrance
Qu'on est bien en France
C'est l'heur de changer la monnaie
On devrait encore imprimer le rêve de l'égalité
On n'devra jamais supprimer celui de la fraternité


La clef du problème est sans aucun doute toute entière dans cet extrait d'interview parue dans "La porte", en Janvier 1993. A la question: "Et le personnage de Johnny ?", Cantat répond:

"Celui là ce n'est pas moi qui l'ai écrit mais un groupe que j'aimais beaucoup et qui s'appelait les Nus. Je crois que l'on procède de la même manière, en prenant le côté totalement symbolique ; c'est absolument personne Johnny, il représente seulement le symbole dans sa toute puissance. Ce que j'ai aimé dans ces paroles, c'est cette rage, cet écho du parti unique qui revient sans cesse dans la chanson. Johnny, c'est l'anarchiste et suis plutôt d'accord avec ça, là je suis d'accord ! Mais le parti unique tel qu'on l'a connu, alors là, non ! Jouer avec le symbole pur, ça devient des personnages symboliques d'une époque. Johnny c'est aussi la tentation terroriste, la tentation extrémiste, on épouse la cause jusqu'au bout. La chanson témoigne d'une époque et d'un type de révolte qui, à mon avis, doit être abandonné pour ses erreurs mais surtout pas pour cette énergie."

Finalement, il semble aisé de définir les convictions politiques de Noir Désir par la négative : ils ne sont ni capitalistes ni communistes, et combattent le FN et l'extrême droite…

Mais il s'avère bien plus difficile de cerner l'appartenance politique réelle du groupe… Noir Désir serait-il apolique ? Noir Désir se garde-t-il de se ranger derrière un mouvement quelconque, par nature trop réducteur ?
C'est d'ailleurs le sens de la question posée par un
journaliste de l'humanité à Bertrand Cantat :

Toutes ces initiatives ne sont pas codifiées, mais votre engagement a sans doute un sens. Lequel ?

Que la parole ne soit plus confisquée par des professionnels, ceux qui s'en sortent; qu'elle puisse être redistribué à tous ceux qui ont des choses à dire; que les énergies circulent à nouveau: les énergies libertaires, de reconquête d'idées aussi simples que l'égalité des chances, aujourd'hui fondamentalement menacée. Cette reprise de la parole s'impose comme une évidence, tout comme la reprise d'initiative. Notre position découle de cela: on ne veut pas se contenter de jouer notre musique et d'avoir du succès. Cela ne nous paraît même pas envisageable. Le sens est là et repose également sur d'anciennes références: l'égalité des chances, ne pas accepter un certain type de mondialisation, le tout marché, le tout pognon, sans qu'aucune autre idée vienne contrecarrer ce système. Le monde ne peut être géré sans cette idée de partage des richesses, du savoir... Ce que je dis là est assez commun. Enfin, tant mieux si ça le devient...

Et puis dans 666 667 club, la vie prend souvent le pas sur les considérations politiques, comme dans Fin de Siècle, semblant marquer une évolution d'un groupe qui a peut-être perdu certaines de ses illusions:

Y'avait les drapeau du grand soir
Y'en avait des rouges, y'en avait des noirs
Aussi loin
Que je me souvienne, loin!
Quand les missiles montaient tout droit
Au ciel
Nous on veut de la vie
Longtemps, longtemps, longtemps...

Ou comme dans " A ton étoile ".

A Ton étoile
A Marcos
A la joie
A la beauté des rêves
A la mélancolie

A l'éspoir qui nous tient
A la santé du feu
Et de la flamme
A ton étoile

© 1998-2007.....Florent GARNIER