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"Il
s'agit un peu d'incantations destinées
à se donner du courage"
L'album
commence et finit par une même interrogation:
"Apprendras-tu enfin à t'apaiser ?". Dans
"Cabo penas", vous semblez répondre par
l'affirmative: "Plus tard je suis revenu des
océans perdus / [...] / J'ai
refermé la faille, à l'abri de la
bruine".
Alors, la réponse à l'interrogation,
c'est oui, non ?
Ce n'est ni
oui, ni non: il s'agit un peu d'incantations
destinées à se donner du courage. On
n'est jamais apaisé complètement,
mais il est important de se poser ces questions
à soi-même, et de se dire: "Oui, je
vais y arriver". De toute façon, ma vie a
changé de forme depuis un moment, donc de ce
côté-là on peut dire qu'il y a
un apaisement, oui.
La femme
qui chante sur Cabo Penas, au fait, c'est votre
femme, non ?
A l'origine
c'était elle: c'est elle qui a
enregistré... et puis je trouvais que cela
sonnait un petit peu faux; c'est donc quelqu'un
d'autre qui l'a refait par la suite. Pourtant, je
tenais vraiment à ce que ce soit elle, mais
ça abimait la chanson. Ceci dit, c'est
évidemment une chanson sur elle,
écrite d'ailleurs par Agnès Demaret,
sa soeur jumelle (on se connait tous très
bien !). C'est un texte que j'aime beaucoup, sur
Sylvie (sur ma femme donc), et sur la symbolique de
la femme sans racine. D'ailleurs ce morceau devrait
s'appeler "Cabo penas, la femme sans racine", mais
cette précision a été
oublié sur la pochette.
"C'est
un pur plaisir physique, une plénitude
physique, pour moi. C'est un des seuls moments de
ma vie où je ne me pose pas trop de
question, où je dors
correctement"
Vous avez
choisi de "rencontrer la mer". Que cherchiez-vous
en vous lancant dans la navigation ?
Pour
commencer, je ne me suis pas lancé dans la
navigation, je navigue depuis que je suis tout
gamin: j'ai toujours aimé ça. C'est
un pur plaisir physique, une plénitude
physique. C'est un des seuls moments de ma vie
où je ne me pose pas trop de question,
où je dors correctement. La navigation est
donc très importante pour moi. C'est par
ailleurs une forme de petite retraite du monde:
j'aime naviguer en solitaire.
Vous
naviguez sur de longues périodes
?
Oui, j'ai
fait deux ou trois transatlantiques, et j'ai
toujours navigué en haute mer. Disons qu'il
y a des gens dont le plaisir est de faire de la
régate, entre trois bouées. Ce n'est
pas du tout mon cas: j'aime ce que l'on appelle le
hauturier, c'est-à-dire la navigation en
très haute mer, et donc forcément sur
de longues périodes.
"On
a l'impression que tu fais de la musique quand tu
fais quelque chose qui se voit ou qui
s'entend"
Pourquoi
vous lancer dans l'aventure d'un album solo,
après avoir quitté brusquement la
musique pour un autre univers? Vous avez
retrouvé le goût des notes, tout
simplement ?
Je n'en suis
jamais vraiment parti: on a l'impression que tu
fais de la musique quand tu fais quelque chose qui
se voit ou qui s'entend. Moi je n'ai jamais
arrêté de faire de la musique: j'ai
fait de la production, dans la période
"après Noir Désir", j'ai
rencontré des gens. Je suis assez curieux de
nature, et quand j'apprécie quelqu'un,
j'essaie tojours de le rencontrer. J'ai donc
passé mon temps à cela: à
approcher les gens que j'apprécie, dont
j'aime le travail, à entamer un dialogue
avec eux.
Et au fil de
ce dialogue, il m'est apparu que j'avais envie de
montrer mon point de vue, d'intervenir aussi en
tant qu'auteur, compositeur et chanteur, ce qui
était vraiment une nouveauté pour
moi. Mais je n'ai tenté l'expérience
qu'à partir du moment où j'avais
rencontré suffisament de gens (dont certains
me disaient: "Va y, essai"), qu'à partir du
moment où la discution avait
été suffisamment riche pour qu'elle
m'éclaire sur ce que je voulais faire.
J'avais besoin de faire le point , et avant de
faire quelque chose, de savoir où je voulais
aller exactement.
Ca vous
manquait de chanter, ou de ne pas composer
davantage dans Noir désir ?
J'ai toujours
composé dans Noir Désir, comme tous
les autres, en fin de compte. Je crois que tout le
monde avait sa part d'influence: c'est à
dire qu'il y en a qui orientent vers des chansons
plus tranquilles, d'autres vers des chansons plus
"carton": ça marche comme ça un
groupe. Je n'ai jamais été
frustré de cela dans Noir
Désir.
Chanter, je
n'en ai jamais eu envie à ce moment
là. Non, ça ne me manquait pas du
tout à l'intérieur de Noir
Désir, pas du tout.
C'est
après, une fois sorti de là...
j'avais envie de dire: "je", en clair. Cela voulait
dire qu'il fallait y aller.
"Je
trouve qu'on apprend beaucoup en voyant les
mains"
Le
packaging du CD ne montre presque jamais votre
visage. Au contraire, vous apparaissez les yeux
masqués par un bandeau noir, par vos mains,
ou par une ombre... Pourquoi ce choix, et quelle
est la symbolique des mains, ainsi que de la bague
qui les orne ? Y a-t-il un sens précis
à tout cela ?
Il
y a effectivement un sens précis aux mains.
Au départ, je voulais qu'il y ait celles de
tous les gens qui avaient joué sur cet
album, qui avaient participé. Il y a
toujours un trombinoscope, mais je trouvais qu'il
était presque plus intéressant de
voir les mains des gens; surtout quand ce sont des
musiciens, c'est assez drôle. Et puis je
trouvais cela assez beau: je trouve qu'on apprend
beaucoup en voyant les mains.
La bague,
tout simplement, c'est la mienne, celle que j'ai en
permanence. Elle n'a pas changé de place,
c'est pour cette raison qu'elle figure sur la
pochette.
Le visage
masqué, c'est principalement parce que cela
me genait d'avoir une photo complète, en
façade. Je trouve en effet que cela peut
faire un peu mode, trop
esthétique.
Mais c'est
surtout les mains, qui m'importaient. C'est en
quelque sorte le fil conducteur. Et puis cela me
permettait aussi de demander à chacune des
personnes d'en prendre elle-même une photo,
et de me l'envoyer ensuite, ce qui fait que
c'était assez amusant. Melano, par exemple,
a mis les siennes directement dans le scanner !
Jean Paul a fait une petite mise en
scène.
"Le
pot au noir"
Pourquoi
ce titre mystérieux, voire obscur: "La
latitude des chevaux" ? Est-ce une
référence à la nature et
à la liberté ?
La latitude
des chevaux, c'est un terme de navigation qui
définit la zone de convergence
intertropicale, c'est-à-dire le pot au noir.
L'origine de la latitude des cheveaux se trouve
à l'époque de la Conquista Espagnole:
les bateaux qui partaient vers l'amérique du
sud, passé cette zone, se trouvaient dans
une région sans vent ou avec des vents
ératiques, ou encore devaient faire face
à des grains; une zone de très grand
calme, donc.
Il se trouve
que si cela leur prenait trop de temps à
traverser, ils balancaient à la mer les
cheveaux qu'ils transportaient, parce que l'eau
venait à leur manquer... et que les chevaux
en boivent beaucoup !
Pour moi cela
avait une valeur sympolique, car après la
période Noir désir il y a eu une
période de calme, de vents qui soufflent
dans tous les sens, orageuse. Mais surtout de
calme. D'ailleurs l'album aurait dû s'appeler
"Après la latitude des chevaux", ou quelque
chose comme cela, mais c'était trop lourd et
pas très beau. Quoiqu'il en soit,
l'idée, c'est qu'on est passé
derrière quelque chose.
J'aurai
apris quelque chose, je ne connaissais pas du tout
ce terme-là, en tout cas !
Il y a une
chanson de Morisson, qui parle de Horse latitude.
Mais c'est une notion que j'ai apprise avec Bernard
Moitessier, avec les lectures qui m'ont
donné envie de naviguer. Je me souviens
d'avoir lu cela dans "La longue route", ou quelque
chose comme cela. Et je trouve que l'expression est
vraiment belle.
Un
problème technique interromps la
conversation... Mais elle ne tarde pas à
reprendre...
"Remonter
sur scène, ça me faisait une peur
bleue"
Vous avez
déjà goûté à la
scène, avant même la sortie de
l'album. Avez-vous découvert de nouvelles
sensations, en solo, ou bien simplement
retrouvé vos anciennes marques
?
Nous avons
fait notre première date en février,
à Lorient. C'était bien. Remonter sur
scène, ça me faisait une peur bleue,
et puis je me suis apperçu que je savais
toujours le faire, qu'il y avait plein de choses
qui revenaient, des sensations que je connaissais
bien: être debout entre les retours,
l'excitation; tout cela revenait... et aussi un mal
de dos que je n'avais plus eu pendant 5 ans, parce
qu'il doit être lié à la
tension de la scène.
Evidemment il
y a de nouvelles sensations, parce que je n'est pas
la même place. Je suis devant et c'est moi
qui chante. C'est moi aussi qui dois parler entre
les chansons, et ce n'est pas très facile !
Ca oui, c'est nouveau, c'est encore pire; et l'on
est encore plus content quand c'est réussi.
C'est un peu démultiplié, je
trouve.
Et puis ce
sont des sensations nouvelles aussi parce qu'avec
Noir Désir je ne jouais pas de guitare sur
scène et que je ne chantais pas; alors que
maintenant je joue de la guitare sur scène
et je chante. Je me demandais comme ça
allait se passer... et puis tout s'est bien
déroulé.
Il y a
beaucoup de choses qui restent, du fait d'avoir
fait beaucoup de scène avec Noir
désir (j'ai fait beaucoup, beaucoup de
concerts): c'est comme le vélo, on n'oublie
pas. Il y a un plaisir immense d'être sur
scène, j'ai toujours adoré ça.
Ca me fout un peu la trouille, mais d'un autre
côté je sais que notre métier,
c'est cela, avant tout. C'est l'aspect le plus
libre de cette activité d'auteur, de
compositeur et de musicien. C'est un rapport direct
avec les gens, il n'y a pas d'interférences.
C'est vraiment la base. C'est un plaisir de pouvoir
y retourner.
"Parceque
c'était l'heure où, pendant des
années, il fallait faire monter
l'adrénaline"
C'est
sûr qu'on ne tourne pas une page comme
cela...
Oui, la
scène m'a manqué physiquement,
après Noir Désir, où l'on
avait un rythme assez soutenu. De façon
très flagrante, à telle heure le
soir, je commençais a être
enervé, à être de mauvaise
humeur, à engueuler tout le monde, parce que
c'était l'heure où, pendant des
années, il fallait faire monter
l'adrénaline. Et physiquement, elle a
continué à monter ainsi pendant
très longtemps.
Pour la
première, à Lorient, elle a
d'ailleurs commencé à remonter
pendant le mois qui a précédé,
comme si un mécanisme s'était remis
en marche, ce que je trouve assez drôle et
assez rassurant.
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Vous avez
choisi de produire votre album par
l'intermédiaire de "Les messieurs"... Est-ce
votre label ?
Non, c'est un
label indépendant, mais ce n'est pas le
mien. Je me suis installé en Bretagne il y a
deux ans. Et il se trouve que je n'en avais pas
à ce moment. J'ai rencontré les gens
de "Les messieurs", ils ont écouté le
truc, et ils m'ont dit "ça nous plairait
vraiment de le faire". J'ai alors signé chez
eux, tout simplement. Et c'est familial.
Et vous
n'avez pas pensé à vous retourner
vers Barcaly ? Pourquoi ne pas passer par une
"Major" ? Pour garder une totale
indépendance ?
Jy ai
pensé, mais je n'avais surtout pas le choix
! Les contrats d'artistes sont souvent des contrats
nominaux, et je devais m'adresser à Barclay
avant de faire quelque chose ailleurs, puisque
j'étais toujours lié à eux.
Ils n'ont pas été
intéressés. Et je m'en doutais, du
fait je suis parti, absolument volontairement, dans
l'idée de faire un album en 16 pistes,
extremement resserré, complètement
mis tempo. Je suis sûr que c'était
absolument ce que je voulais faire, ce qu'il
fallait que je fasse, mais je savais très
bien que chez Barclay, cela poserait
problème.
S'ils l'avait
vraiment souhaité, je l'aurais sans doute
fait chez eux, parceque je connaissais les gens,
parce que c'est une habitude de travail. Je ne vais
donc pas dire que c'était pour être
absolument alternatif, indépendant, parce
que ce n'est pas vrai.
L'intérêt
était de trouver quelqu'un qui
désirait de le faire. S'était le cas
des Messieurs, pas de Barclay.
L'album
sera tiré à combien d'exemplaires
?
Le premier
tirage n'est pas énorme: 2000 exemplaires,
à peu près.
"Ce
qui est assez drôle, c'est que les
professionnels ont toujours un problème avec
ce genre d'album."
Bon,
de toute façon ça va bien marcher
!
Avec les
gens, cela se passe bien. Il y a un accueil qui
n'est pas mauvais, dès qu'ils ont le loisir
de l'écouter.
Mais ce qui
est assez drôle, c'est que les professionnels
ont toujours un problème avec ce genre
d'album. Et ce n'est pas la première fois:
il y a eu des cas avec des albums de Noir
Désir où cela ne se passait pas
très bien avec les professionnels, et
où par contre le public appréciait.
Un album comme "Du ciment sous les plaines" a eu
une histoire comme celle là. Je trouve que
c'est tout à fait rassurant.
"Il
y a des tabout comme ça dans les
familles"
Justement,
quelle a été la réaction de
vos anciens "collègues", Noir désir,
à votre initiative, puis à
l'écoute de l'album ?
Demande leur
! J'ai envoyé un album à Bertrand, on
s'est vu à de nombreuses reprises depuis que
l'album est enregistré, mais nous n'avons
jamais abordé le sujet, et je n'en sais
rien. Il a des tabous comme celui là dans
les familles, c'est assez étonnant (rires) !
Je trouve que s'est assez symptomatique des
problèmes allambiqués qu'il peut y
avoir au bout d'une quizaine d'années
à jouer ensemble.
Vous avez
collaboré avec plusieurs artistes, pour
réaliser cet album (Jean-Paul Roy, Isabelle
Becker, Agnès Demaret, notamment). Dans
quelle mesure ces collaborations ont-elles enrichi
votre travail ?
Il y a deux
niveaux. Il y a d'abord celui de l'écriture.
Agnès Desmaret a écrit des textes, ce
qui influe énormément sur les choses,
c'est même pratiquement la moitié du
travail: nous avons travaillé ensemble pour
changer la musique par rapport au texte, ou bien
pour changer des morceaux de textes quand cela ne
rentrait pas ou que cela ne sonnait pas
bien.
Ensuite, dans
le cas de Jean-Paul [NDW: Jean-Paul Roy,
bassiste actuel de Noir Désir), de
Méllano ou de Luc [NDW: Luc Rambo],
c'est différent: c'est un travail de
musicien. Quand ils sont arrivés, les
morceaux étaient déjà
composés, ils existaient déjà.
Donc ce n'est plus qu'un travail d'arrangement:
"Tiens, plutôt que de le jouer comme
ça, j'essaierais bien autrement
!".
J'ai
demandé à Jean-Paul de venir, car
j'avais adoré la basse qu'il faisait pour
Noir Désir sur "A ton étoile": une
espèce de Walking basse, que j'avais
beaucoup aimée. Je voulais qu'il m'en fasse
une ou deux, parce que c'est quelque chose que je
ne sais pas faire du tout. Tu fais venir les gens
pour cela, pour une qualité de jeu, ou une
qualité de sensibilité; parce que tu
te dis: "tiens, cette couleur là, j'aimerais
bien la mettre sur ce morceau".
Mais ce n'est
pas un groupe. Donc les morceaux ont
été composés, et sans vouloir
être dictatorial, je ne peux pas du tout
lâcher la machine, car ma volonté
n'est pas celle d'aller vers un groupe. Je l'ai
fait, c'était bien, mais c'est une autre
forme.
"Un
groupe, c'est quand même la plus jolie petite
machine pour jouer sur scène"
Et sur
scène, comme ça va se passer,
justement ?
Sur
scène, nous sommes cinq. Il y a Franck
Lantignac, le batteur, Christophe Jodet, le
contrebassiste, Luc Rambo qui a fait les pianos
(ils ont travaillés sur l'album), et un
guitariste que j'ai rencontré en Bretagne,
Eric Meledec et moi même.
Alors
après, là oui, cela devient davantage
un travail en commun. Autant en studio les
musiciens n'étaient jamais tous là en
même temps, autant pour travailler sur
scène, finalement, il faut que l'on devienne
un peu un groupe: qu'il y ait les qualités
d'un groupe, (la fierté...), que tu ais la
trouille... Alors là, c'est vrai qu'il y a
des discussions un peu chaudes, qui me rappellent
un groupe. Sur scène, c'est important
d'aller vers cela. C'est quand même la plus
jolie petite machine pour jouer sur scène.
C'est le plus agréable, tout
simlement.
"C'était
le but de la maneuvre, de dire: Je "
Dans cet
album, non seulement vous jouez les
hommes-orchestres, mais en plus, vous chantez.... Y
avez-vous pris goût ? S'agit-il d'une
façon plus directe de vous exprimer
?
C'était
le but de la maneuvre, de dire "Je". Le chant c'est
quand même la forme d'expression la plus
aboutie dans le domaine du son. Je voulais
absolument le faire.
J'avais
déjà chanté, je faisais
beaucoup de choeurs avec Noir Désir, donc je
connaissais à peu près le timbre de
ma voix. Mais je ne la connaissais pas dans ces
circonstances-là: avec le texte, c'est plus
rude, c'est plus dur. Ce n'est pas facile, mais
j'apprécie beaucoup de le faire. Si vraiment
cela ne plait à personne, j'arrêterai
un jour, peut-être (rires). Mais j'aime
vraiment, j'ai vraiment envie de continuer à
chanter, plus que tout le reste.
Dans cet
album, vous signez toutes les musiques et plusieurs
textes. Comment avez-vous travaillé (Par
exemple: préférez-vous composer seul
? Ou encore, travaillez-vous dans l'urgence ou
plutôt sur la longueur ?) ?
Je mets
énormément de temps à
réfléchir à toutes sortes de
choses, à de petites détails. J'ai
des bouts de papiers un peu partout, des morceaux
de textes ou des mots. Pour la musique, c'est
exactement la même chose: c'est
complètement vaporisé, il y en a un
peu partout. Et puis il me faut le mur, il me faut
la limite: quand il y a une date butoire, je me
mets à rassembler, et je m'appercois que
j'ai dû pas mal travailler avant, parce que
ça s'imbrique, parce qu'il y a une ligne
générale qui se
dégage.
Et là
je me mets à bosser, très vite, je
n'arrête plus, je bosse la nuit, le jour,
tout le temps. Mais c'est toujours au dernier
moment, même si le travail a
été préparé avant, de
façon un peu informelle.
C'est un peu
irritant pour les gens qui travaillent avec toi, de
ne rien savoir pendant longtemps, et de se dire:
"ça ne va pas être prêt,
ça ne va pas être prêt". Moi,
j'ai l'habitude maintenant: je n'ai pas peur outre
mesure que ça n'ait pas l'air prêt
trois semaines avant, parceque je sais que c'est
dans la dernière ligne droite que je bosse.
J'en ai besoin.
Et puis en
plus, le problème si tu travailles sur une
période très longue, c'est que tu es
plus influencé, parce que tout le monde
entend où tu en es, et te fait des
remarques. J'ai tendance à me
déstabiliser assez facilement, et c'est une
façon de se protéger de cela:
personne ne voit rien jusqu'au dernier moment, et
je prends tout le monde de vitesse !
"Des
bonheurs absolus, des moments d'allégresse
totale, de joie, de fierté, des moments de
dépressions complètes aussi, de
solitudes, de peine"
Que
regrettez-vous de votre expérience avec Noir
Désir ? Que vous a-t-elle apporté
?
Je ne
regrette absolument rien de mon expérience
avec Noir Désir. Noir Désir m'a
apporté vraiment beaucoup de choses, de
très bonnes, de très mauvaises. Des
bonheurs absolus, des moments d'allégresse
totale, de joie, de fierté, des moments de
dépressions complètes aussi, de
solitudes, de peine. Mais dans tous les cas
c'était une chose extrêmement vivante,
c'était une vie. De plus, j'ai une grande
fierté pour toute la période
où j'étais avec Noir Désir,
car c'est un groupe qui peut être
fier.
"J'y
pense, d'autant plus que l'album va sortir le 15
[mars 2002], mais il a été
enregistré en janvier 2000"
Comment
voyez-vous les mois qui vont suivre la sortie de
l'album ? Pensez-vous déjà travailler
sur un deuxième album (bon, vous venez
à peine de finir celui-là, c'est
vrai...) ?
J'y pense,
d'autant plus que l'album va sortir le 15, mais
qui'il a été enregistré en
janvier 2000 (rires). Alors, c'est un peu ma faute:
il a été enregistré,
après quoi j'ai
déménagé (j'ai quitté
Bordeaux pour m'installer en Bretagne), on a fait
un enfant, et puis je l'ai ai oublié,
pratiquement. Et une fois que j'ai
été installé, je me suis dit:
"je vais m'occuper de lui". Du coup tout a
été décalé, alors que
pour moi, l'album était fait depuis un petit
moment.
De ce fait,
évidemment, je commence à faire
d'autres chanson; j'en ai d'ailleurs besoin pour la
scène. C'est dans la logique.
Après,
je veux faire de la scène avec
celui-là, et aller jusqu'au bout. Le plus
possible, mais pas n'importe comment.
Et puis aller
vers un autre album, relativement vite, oui. Il y a
des choses qui se mettent en place dans ma
tête pour en construire un nouveau. Ca
devrait venir assez vite.
Et vous
surfez sur internet ?
je me
sersd'internet, pour me renseigner sur des choses,
pour me balader un petit peu, mais je n'y passe pas
énormément de temps. J'en ai une
utilisation assez technique: je veux tel
renseignement sur telle chose, alors je vais le
chercher. Je pensais au début que j'y
passerais énormément de temps, et je
m'aperçois que ce n'est pas le
cas.
Propos
recueillis par Florent GARNIER le 13 mars
2002.
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