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Noir Désir, Noir amer Pierrick Madinier
Ce
nest donc pas un hasard si les membres du groupe ont demandé
à visiter le camp palestinien de Chatila. Un pèlerinage
suivi de la visite rituelle dans le décor plus propret du Centre-ville
; ce qui fera dire à Cantat pendant le concert : « Aujourdhui,
on a pris deux ou trois baffes dans la gueule ». Et encore : «
Gens de Beyrouth, il est beau votre pays : il est plein de contrastes
! » La même ironie provocatrice que le matin même
au Sheraton, mais avec un peu damertume dans la bouche, sans doute. Et pour cause, le groupe nen est pas à son premier engagement : les Indiens du Chiapas, les sans-papiers ou ActUp, le mouvement activiste de défense des droits homosexuels ont tour à tour reçu leur soutien direct, souvent à travers des concerts dans lesquels le groupe, largement impliqué par son leader, tenait la tête daffiche. Et tout récemment on se souvient de lapostrophe de Cantat à Jean-Marie Messier, P.-D. G dUniversal Music et pourfendeur de lexception culturelle à la française, lors des Victoires de la musique : « Camarade pédégé ( ) nous ne sommes pas dupes de ton manège et si nous sommes tous embarqués sur la même planète, on n'est décidément pas du même monde ! » Pourtant lorsquon interroge Bertrand Cantat sur léventualité que Noir Désir quitte Barclay et donc Universal, celui-ci répond prudemment quil est encore lié par contrat à sa maison de disques et ce pour encore un album quil nest pas question de bâcler. En effet, ce nest pas le moindre des paradoxes du groupe français : cette même société du spectacle sur laquelle Bertrand Cantat tire courageusement, a, en définitive, fait le succès de ces Bordelais passés, depuis 16 ans que le public les connaît, par pas mal de galères. Bien plus, le single tiré du dernier album Le vent nous portera, une ballade superbe mais plus consensuelle grâce à sa ligne mélodique et à la guitare de Manu Chao, leur ont acquis un public qui peinera à se reconnaître dans les textes violents et enragés, dans le rock ténébreux et outré des débuts de Noir Désir ; et cela même si cette veine plus hard se retrouve dans des titres du nouvel album comme Le grand incendie. Le public beyrouthin, partagé entre le confort des fauteuils de velours du Palais de lUnesco et la violence rituelle des pogos, aura fait involontairement la preuve de cette ambiguïté. Au reste, lorsque sur scène Bertrand Cantat rajuste le keffieh qui sest pris dans les cordes de sa guitare, il le fait dans un mouvement lent, ample, délibérément élégant comme si le bon vieux rock français iconoclaste se mâtinait ici dun reste de romantisme révolutionnaire, dune esthétique rouge et noire empruntée à Léo Ferré et augmentée du charme charismatique de Cantat. Nul doute que celui-ci se reconnaîtra dans cette référence au vieux poète anarchiste : Léo, dont il a chanté à Beyrouth, la ville criblée, un texte somptueux : « Des armes, des chouettes, des brillantes » Pierrick
Madinier- Femme Magazine- avril 2002 |
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