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1997

 

B. Cantat : L'histoire de la cassure des 30 ans - à laquelle je ne voulais pas croire-, je n'y ai pas échappé. Et dans un monde étiqueté adolescent comme le rock, ça soulève des questions. J'avais déjà des doutes, des complexes, mais à 30 ans c'est devenu grave. On ne peut pas avoir envie des même choses toute sa vie. Que la prime jeunesse et cette incroyable energie - en grande partie de l'inconscience - ne soient plus là de la même façon, tant pis et tant mieux. On n'a peut-être plus envie de tout bloquer sur la pure energie, tant pis pour cette partie du public qui demande une performance. Je suis peiné pour Iggy Pop, qui doit faire son cirque tous les soirs alors qu'il affirme envier ses copains qui écrivent des symphonies. Mais lui n'ose pas, il est prisonnier, il fait son Iggy - malgré tout mon respect.

 

Y a-t-il un code très strict régissant ce que doit être une chanson de Noir Désir ?

B. Cantat : Nous fonctionnons avec des règles adolescentes - des non règles -. On peut passer une semaine à dire n'importe quoi sur n'importe quoi, mais ça fait partie du truc. Tout est discuté, sauf mes textes - parfois, j'aimerais pourtant bien savoir ce qu'ils en pensent, qu'ils me préviennent des problèmes que je vais rencontrer. Fatalement, le collectif rabote, délimite un périmètre. Il y a des compromis qui ne sont peut-être vécus comme tels ouvertement mais qui de fait, existent. Beaucoup de gens ont attendu ce nouvel abum. Mais en même temps, ne faut-il pas faire un constat amer dans le sens où, en France, à part Noir Desir, on a vraiment du mal à faire son trou ?

B. Cantat : C'est vrai que c'est un constat amère et bizarre à la fois. Franchement je trouve que l'attente autour de notre nouvel album était disproportionnée... Pour Tostaki et même avant, on avait dit qu'on ne voulait pas être seuls. Maintenant on ne le dit même plus ! Ca ferait trop redondant, les sauveurs du rock français. En France, il y a la vague fusion qui marche bien, Lofofora, No One...sans oublier Miossec dans un autre genre. Derrière, c'est vrai que beaucoup rament dans l'immense dépression. C'est trop galère même si ce ne sont pas les ventes qui déterminent la valeur; quand tu mets toute on energie dans un album et que tu ne parviens pas à en vendre plus de 2000, tu finis par être usé.

 

Après plus de 10 ans passés à jouer et à composer, entrer en studio est toujours une torture ? Vos angoisse remontent du plus profond de vous mêmes ou bien c'est une formalité ?

Denis : Avant d'entrer en studio, on ne sait pas si on va être capable d'en ressortir avec un album dont on apprécie la teneur, la forme, le fond. Dire qu'il n'y a pas de recette serait faux, mais la recette consisterait à se répéter. Et alors qu'aurait à faire le groupe ? Noir Désir ne serait rien. Non, au départ on est cool, on joue contre la montre, mais au fur et à mesure que le temps s'enfuit on se met à regarder ce qu'on a jeté, ce qui n'aboutit pas et ce qui est fini. Alors, comme tous les musiciens du monde, on rit, on pleure, on doute. Le fatalisme fait partie de note vie, maius nous ne nous préoccupons pas de savoir s'il y aura le single, le tube. On fait notre musique sacgant que le plus terrible des juges doit être nous-mêmes. S'il y a bien un groupe que nous connaissons, c'est Noir Desir.

 

Vous dites souvent qu'avec Noir Desir, il faut repartir à zéro. Est-ce que votre passé est aussi difficile à supporter que ça, encore aujourd'hui ?

Serge : Repartir à zéro, ça ne signifie pas oublier son passé. A chaque fois qu'on se retrouve, on se demande avant tout si on a vraiment envie de continuer ensemble. Je trouve que c'est une attitude plutôt saine. (...) Sinon, le disque ne serait pas interessant ou il n'y en aurait pas ! Les compos ne sonneraient pas correctement parce qu'entre nous, la compréhension ne serait pas suffisante, l'échange aussi. Lorsqu'on est arrivés en studio, on a tout posé, on a mis le groupe en stand-by et on a réfléchi si on continuait ou pas. Denis : Je crois que la pire chose à vivre, ce ne serait pas la séparation mais le fait de continuer sans raison. On pourrait se masquer les yeux pour les maquettes et à la limite en studio, mais les tournées seraient horribles !


© 1998-2007.....Florent GARNIER