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Frédéric
Péguillan Le concert de soutien ne suffit pas ? Alors faisons-en un CD, ont proposés les artistes réunis pour une association d'aide aux immigrés. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. " Cet article de la Déclaration universelle des droits de l'homme a été adopté comme les autres par l'ONU, il y a tout juste cinquante ans. Mais voilà : nombre d'Etats, dont la France, n'ouvrent que chichement leurs frontières aux pauvres et aux persécutés de la planète. Cette politique n'a obtenu d'autre résultat que de fabriquer des sans-papiers. Depuis longtemps, déjà, le Groupe d'information et de soutien aux immigrés (Gisti) se bat contre cet état de fait en prônant la liberté de circulation, au nom de l'égalité entre les êtres humains. Entre autres activités (publication, formation, participation au débat d'idées sur les droits des étrangers...), cet organisme indépendant, autofinancé à 40 % par ses éditions et ses donateurs, apporte bénévolement une aide juridique aux étrangers auxquels l'administration refuse visa, carte de séjour, protection sociale et nationalité française. De plus en plus sollicité en raison de l'augmentation du nombre des sanspapiers, le Gisti connaît des problèmes financiers. Cette année, il lui manquait 300 000 francs pour boucler l'exercice. Alerté, l'hebdomadaire Les Inrockuptibles suggère l'organisation d'un concert de soutien. Rodolphe Burger, chanteur de Kat Onoma (qui avait déjà enregistré le pamphlet Egal Zéro au profit du Gisti, en réaction à l'élection du couple Mégret à la mairie de Vitrolles), et Noir Désir répondent présents. D'autres leur emboîtent le pas : en tout, trente-deux groupes et artistes dont Les Têtes Raides, Sergent Garcia, Louise Attaque, Fabe, Rachid Taha, Blankass... Hélas, bien que les participants se produisent bénévolement et que les locations affichent complet au bout de quelques jours, tout ce petit monde réalise rapidement que le concert programmé le 7 avril à l'Elysée-Montmartre, à Paris, ne rapportera pas un centime en raison des coûts de production. " J'ai alors hésité à me retirer se souvient Rodolphe Burger. Nous avons réfléchi avec Bertrand Cantat (chanteur de Noir Désir) ; il a eu l'idée d'enregistrer le concert, j'ai songé à une version collective des Petits Papiers, de Gainsbourg. " Le reste des engagés approuve l'idée. Le concert est filmé par une dizaine de cinéastes munis de conféras numériques, dont Jacques Audiard, Chris Marker et Mathieu Amalric (si ces captations sont achetées par des chaînes de télévision, les droits seront reversés au Gisti). Sur l'album live figurent morceaux de bravoure ou reprises choisis par chacun, mais pas les inédits offerts ce soirlà par certains groupes. Contacté, le jeune label discographique Nàive, qui ne compte aucun artiste sous contrat à l'affiche, accepte de distribuer le disque en reversant tout le produit des ventes au Gisti. " Il ne faut pas nier les bénéfices d'une telle opération pour notre image, admet Olivier Lebeau, directeur artistique de Naïve. Mais il est aussi important qu'un acteur culturel comme nous supporte ce type de combat. Que le disque se vende bien sera la plus belle des récompenses pour le Gisti et les artistes. " L'association pourrait récolter davantage que ce dont elle a besoin. " Peut-être allons-nous nous retrouver avec plusieurs millions de francs de recette, alors que nous ne sommes pas organisés pour "digérer" de telles sommes, dit Jean-Pierre Alaux, du Gisti. L'argent nous permettra de diffuser gratuitement nos publications et d'offrir des formations ; mais il ne donnera pas à nos bénévoles plus de temps à consacrer à notre action ! En tant que producteur du disque, nous tenons surtout à contrôler l'aspect politique du pojet. Car cette expérience, très riche sur le plan humain, va permettre à une nouvelle catégorie de personnes d'avoir accès à des informations qui leur étaient inconnues. " Les artistes participants l'ont bien sûr entendu de cette oreille. Noir Désir est souvent sollicité pour soutenir diverses causes. L'accord est toujours soumis à de longues discussions internes. " Pour le Gisti, nous n'avons pas hésité longtemps, dit le chanteur du groupe, Bertrand Cantat, nous connaissons leur sérieux et leur générosité. Nous sommes sensibles à la cause qu'ils défendent. Reste que, pour faire exister cette histoire, il faut un suivi. Nous aurons sans doute avec la presse plus de contacts pour défendre ce disque que nos propres albums, avec toujours le souci de mettre en avant les idées du Gisti. " Et d'affirmer un nouveau militantisme des artistes, indépendant des partis politiques et de leurs réseaux associatifs . |
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