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Accueil > Les infos > Concerts > Commentaires > Reportages > Alain Lecomte au Forest National |
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Noir
Désir au FOREST NATIONAL (Bruxelle), Par
Alain LECOMTE Un calcul secret de l'âme Pour rapporter dans le détail un concert de Noir Désir, il doit y avoir une technique, une tactique, une formation à suivre ce n'est pas si évident que cela, faut orienter les infos, moduler la mémoire, prendre des notes, sélectionner les détails, trier les faits, jongler avec les mots jusqu'à trouver les termes précis et adéquats, je ne pensais pas que vouloir communiquer mon enthousiasme à la suite de leur récent concert en Belgique, tout en restant objectif à leur sujet, serait si difficile, prendrait autant de temps, requerrait autant de concentration Faut vous dire, Monsieur, que dans ma petite existence, Noir Désir tient lieu de délicieux traumatisme musical . Une vague d'émouvantes sonorités et d'irrésistibles sensations parvenue via le petit écran m'a atteint dès 1987 J'ai immédiatement accroché aux cris débridés et riffs très personnels de ces jeunots passablement excités, aux guitares subtilement vociférantes Depuis, je les suis très fidèlement, ne manque jamais un rendez-vous à ma portée et celle-ci a déjà été à géométrie largement variable et extensible - et peu m'importe s'ils remplissent festivals, stades ou un Forest National gorgé de monde ....je ne suis pas encore parvenu à m'en dégoûter. Dès qu'un nouvel album sort, à chaque fois, ils m'épatent, me surprennent, innovent, reculent les limites de création, et me séduisent de façon sans cesse renouvelée Même topo
et même mieux en live : de showcase, en concert intime ou grand
festival, j'ai cumulé les formats et sans jamais faillir, ils m'ont
bluffé, me dopant de leur énergie communicative, m'ont collé
les oreilles au plafond, me présentant continuellement de nouveaux
visages, de nouvelles figures... différentes facettes de leur riche
personnalité musicale. Noir Désir était donc annoncé en Belgique un dimanche, ce n'est que tant mieux, c'est bien reposé et avec un max de temps libre que je pouvais donc m'organiser ce déplacement, qui se présentait comme un singulier pèlerinage. Voir mon groupe favori sur les planches est un événement déjà vécu souvent, mais les savoir, après une si longue absence, sur les planches de la plus grande salle rock du pays est une étrange consécration pour ces musicos. Je les connais assez que pour savoir qu'ils courent après bien d'autres choses que le succès, la fortune, la célébrité et la reconnaissance ce que Jean-Marie "J deux M" a d'ailleurs appris à ses dépens l'autre fameux soir lors d'une mémorable séance de crachat dans le trop bonne soupe financière. Il a d'abord fallu se faire à l'idée, après leur passage marquant en 1998, dans la même ville, mais cette fois-là aux Halles de Schaerbeek, que chez nous, il n'y pas beaucoup d'autres salles assez grandes que pour accueillir les Noir Désir et la masse de leurs convives d'un soir dans des conditions décentes si ce n'est en plein air ! ! Ce n'est que longtemps après avoir pu admirer le précieux ticket pour la première fois, que j'ai progressivement réalisé que ce dimanche serait le théâtre d'un événement qui serait bien plus que musical Un dimanche pas
comme les autres, pour les hôtes de renom musical venus de France
profonde et que Forest, petite commune sereine de Bruxelles, devait accueillir
ce jour-là
un dimanche de vote, en fait, pour tous les citoyens
voisins de notre pays, en tout cas ceux qui sont bien conscients que leur
avenir est ce jour-là encore plus entre leurs mains
Pour les bordelais et leur équipe, il me paraît évident que le déplacement pour ce concert "capital" n'a pas dû être le plus réjouissant des périples de la tournée En d 'autres circonstances, ce repos dominical, je l'aurais bien envisagé tiède, radieux, ensoleillé La radio allumée dès le matin cerne déjà l'événement, le laïus des élections qui ne nous concernent pourtant que de loin, nous inondent nous aussi de ce côté de la frontière. J'en arrive vite à trouver tout naturels le cirage et le crachin solidaires qui se diffusent copieusement sur la Belgique dès mon lever ce jour-là. Un petit déjeuner chagrin n'y changera rien : il fait moche pour pas mal de monde ce matin-là. "Que
Paris est laid quand il se croit français Pour ce dimanche qui aurait dû compter comme un jour de vacances, je comptais démarrer mon trajet bien tôt, mais le temps ne se prête guère à folâtrer dans la capitale et je traîne lamentablement avant de m'y résoudre "Bruxelles
ma belle, je te rejoins bientôt Avec comme background
la conscience politique que le combo bordelais a toujours généreusement
affichée, les soutiens et autres engagements dont ils ne se sont
jamais caché, les infos que le zapping des stations radios me diffuse
tout le long du trajet gonflent peu à peu l'importance du bilan
qui sera révélé ce soir, au moment même où
bien d'autres ont convenu de se rassembler pour rendre hommage au rock,
un parti qui mettra, lui, spontanément une majorité de gens
d'accord, au moins pour un soir ! "pendant que la marée monte et que chacun refait ses comptes le vent, l'emportera ." La fin de mon trajet se fera à l'écoute de ces statistiques que l'on débite à foison et qui commencent à avoir des relents rassurants Le bruit des bottes s'est paraît-il largement atténué tandis que je me gare devant l'immense bloc de béton qui va m'abriter le temps d'une soirée Mince ! ! ce n'est
pas vrai " F.N." ici aussi ? ? et en lettres géantes
en plus ! ! Sûr que les initiales de "Forest National"
ne passeront pas inaperçues ce soir, mais ici, au moins, leur mention
fera sourire ceux qui relèveront l'allusion !
On s'efforcera
donc tous de ne pas abréger ni écorcher le nom de la salle
qui nous accueille en ce jour et de considérer plutôt que
ces initiales prendront pour les accros du rock l'allure des initiales
d'un jour de F-ête N-ationale. Vers 17hrs, mais
déjà bien tard à mon goût, j'aurai voulu me
rendre disponible plus tôt
Toute l'équipe est en effet
déjà dans la place, ça s'entend, et de loin : des
battements et bourdonnements sourdent de la citadelle de béton
Familier du lieu,
je m'écarte de cette file d'impatience et pousse une porte annexe,
celle du "ticket service". Le doux vacarme d'un tempo de batterie
immédiatement familier m'enrobe délicieusement les oreilles
les artistes, consciencieux, et conscients qu'ils inaugurent leur
présence en cette salle qui pourrait révéler une
acoustique rebelle, se sont mis au travail très tôt et s'attellent,
depuis un moment déjà, aux différents essais et réglages
de circonstance. Une longue tranche
de patience commence alors
Une fidélité
certaine de ma présence dès les débuts live du groupe
de Bordeaux, encore peu (re)connus au milieu des 80ies, transformait en
effet chacun de leur concert proche ( ou moins proche) de mon domicile
en de sympathiques retrouvailles. On m'accordait facilement cette petite
tranche de dessert-d'avant-le-concert
Celui qui revient
affiche un masque négatif : mes coordonnées sont bien parvenues,
mais ils sont déjà trop occupés
: les consignes
sont strictes : personne ne peut zoner dans la salle ou dans les coulisses
pendant les mises au point
Pour ce concert-ci,
mes démarches se soldent donc par un chou blanc intégral,
que l'on m'accorde néanmoins de digérer depuis l'intérieur
du bâtiment. Même la presse la plus officielle est priée
de patienter
longuement
tout ce que je vivrai donc de ces
préparatifs, se fera dans la contemplation des portes coupe-feu
qui, fort heureusement, et la puissance de la sono aidant, se révèlent
être de piètres coupe-son. Quand bien même toutes les
portes sont condamnées, de larges bouffées musicales parviennent
de la salle
et me permettent de déguster goulûment
de larges portions du travail sonore qui me parvient malgré tout
(et tous!). Ca ne m'empêche
donc pas de profiter à pleins tympans du privilège qui m'est
accordé de pouvoir entendre une bonne partie du soundcheck de l'intérieur
du bâtiment, et c'est un régal
Le son est dense,
pêchu, énergique, les kids travaillent à mitonner
leur stéréo, après la traditionnelle période
de "tchiki-- tchikiki-- booms--booms", de cris ou vocalises
divers, de réglages variés, c'est l'ensemble et la cohésion
sonore du groupe qui sont mis au point. Même lancés
à la va-vite, les titres sont immédiatement reconnaissables,
quelques repères du répertoire sont vite égrenés,
abandonnés après quelques mesures. Pour qu'on puisse
fignoler le rendu de sa voix, Bertrand se lance dans de rapides versions
"a cappella " du plus bel effet dépouillé. Effectivement,
j'ai tout juste le temps m'habituer au lieu, que l'apéro musical
tourne court tandis que le calme reprend rapidement possession de l'enceinte
vers 18h15. A présent
le va et vient des différents travailleurs participants à
l'organisation de ce concert s'intensifie, les techniciens s'agitent encore
un peu en tous sens tandis que, dans un coin résonne déjà
une télévision qui ne se lassera pas de rapporter
Espérant
rencontrer malgré tout un visage, une figure familière à
saluer, je musarde encore dans l'espace réduit qui m'est accordé.
(Merci au passage à Freddy and Co qui ont gentiment fermé
les yeux sur ma discrète mais insistante présence !) Protégez
vos poches les mioches, les vautours sont lâchés ! (heureux
les simples d'oreille ! ! Universal est conçus pour eux ! )
Retour en plein
jour, la file qui piétine à l'extérieur a plus que
doublé, la pluie aussi, mais elle s'interrompt soudain
Peu
m'importe les circonstances du jour, qu'il pleuve, qu'il vente, même
le ventre vide, je sais que ce sera un grand soir
Vite repu, je
regagne le site vers les 19hrs, tandis que les cordes ont repris et redoublent
même. Bloody rainy Belgium ! ! Je suis abordé par les habituels
magouilleurs qui rachètent/revendent les derniers tickets, qui
glissent encore de main en main, de poche en poche, ces répugnants
dealers affichent tous grise mine : les abstentionnistes au concert ne
sont pas légion ! et les précieux sésames à
monnayer sont rares. NON MAIS ! est-ce que j'ai vraiment une tête
à REVENDRE mon ticket ! m'ont-ils bien regardé? ? Il est encore
bien tôt, je vais faire un tour, je savoure encore mon attente en
arpentant les abords de cette salle vers laquelle par groupes, les pèlerins
d'un soir convergent déjà. 19 h30. De tous
côtés des silhouettes rejoignent la meute, les bus déversent
des grappes de spectateurs. Tout le quartier est à présent
encombré de voitures qui cherchent tant bien que mal à progresser,
à se caser. Les parkings officiels sont rares, alors la seule méthode
pour Forest, c'est la débrouille nationale, consistant à
dénicher un bout de trottoir, une portion de pelouse que personne
d'autre n'a encore osé squatter
ou à marcher longuement. Face au grand
bâtiment, les files se forment et se tassent déjà
la pluie reprend et rend l'attente fiévreuse. Fort heureusement,
tandis que les 20 heures fatidiques commencent à être en
vue, les grilles s'ouvrent et libèrent les premiers acharnés
qui, dès leur ticket validé, galopent pour aller squatter
le premier rang. Pas de panique, il n'y pas le feu, pas encore !
"Holy economic
war" au ras des pâquerettes, des estomacs et des porte-monnaie
- - - no business like chaud business ! ! La formalité
du vestiaire franchie ( prix sympa c'est assez rare que pour le souligner
!), je me poste comme à mon habitude tout en bas des gradins de
sièges (le rock, pour moi ça ne s'écoute pas avec
les fesses. Et puis, j'ai toujours besoins de mes pieds pour apporter
mon aide aux tempos !). Fixé juste
au bord du parterre déjà bien encombré, un endroit
que dans cette arène je continue à trouver idéal
pour jouir d'une vue complète et panoramique de la scène
ainsi que pour la sauvegarde minimum de mon intégrité physique. Communier avec
l'ambiance agitée d'accord, frôler l'apnée non merci
J'ai déjà donné! Et puis, j'ai un peu passé
l'âge
pas envie de quitter la joute sur une civière
me faut garder un peu d'énergie en réserve dans ma
besace pour assurer le trajet du retour! Malgré
la pénombre voulue, je repère ce qui tapisse le fond de
scène
la reproduction géante de la pochette du dernier
album qui balise le terrain de jeu comme un immense "mural"
aux couleurs de briques vives. Le boucan du public
grimpe petit à petit et se transforme vite en un bourdonnement
agaçant, regarder sans cesse sa montre semble être la tendance
et la mode du moment
Dès 20
heures, l'éclairage se tamise soudain, les excités de service
hurlent leur impatience
pour rien : la silhouette qui vient de se
glisser, guitare à la main vers le micro central ne correspond
pas à ce que tous attendent : plus grand, les cheveux plus longs
.
c'est Frandol et son groupe qui investissent le haut podium
tout
comme le prédisaient les nombreuses affiches généreusement
placardées à divers endroits de la salle et de ses abords
Musicalement,
je ne connais encore rien de ce groupe, tout juste ai-je lu dans l'une
ou l'autre revue spécialisée que c'est le patronyme du leader
des "Roadrunners", groupe récemment splitté. Comme Bertrand
et sa clique s'occupent de choisir soigneusement leurs "ouvreurs"
et ont pour principe de considérer leur première partie
comme un tremplin dans une relation où s'allient respect et copinage,
on leur prêtera d'autant plus d'attention. Ils le font néanmoins
avec énergie et enthousiasme, ce qui a l'air de meubler correctement
l'attente du public, qui leur réserve applaudissements et vivats
en quantité plus que polie. Je patiente moi
aussi religieusement, applaudissant respectueusement leurs efforts bien
entraînants, en pensant que je les apprécierai sans doute
mieux ailleurs, et en d'autres circonstances, sans doute après
avoir exposé mes oreilles à leurs compositions sur CD
. 20h30, exit les
premiers ambianceurs de salle sous une dernières vague d'applaudissements
correctement nourris. Renseignement
pris, ce sont finalement 8.000 bédouins qui vont se rassembler
dans cet immense temple dédié aux bonnes vibrations ! !
Ce groupe m'avait habitué à plus d'intimité
sauf en version plein air bien sûr ! ..Forest N. n'est pas plein
comme un uf, les normes de sécurité sont bien appliquées,
en prévision de ce concert qui, si la fougue habituelle du groupe
est respectée, est pronostiqué d'avance comme dense et houleux,
la communion corporelle sera ce soir sans doute encore garantie ! Il faut jouer
des coudes et user d'un peu de persuasion pour progresser, mais se déplacer
dans le "pit" restera possible et c'est tant mieux, car, avant
même les premiers accords, on emmène -et, au besoin, on traîne
! -bras dessus, bras dessous, les premières midinettes qui, déjà
prisonnières de la marée humaine qui ondule en tous sens,
viennent de perdre le contrôle de leur souffle. Le fait est que,
dans cette assemblée compacte, ils sont rares ceux qui comme Myself
alignent un âge voisin de celui du batteur qu'ils sont venus applaudir
Bien des mélodies
ont coulé sous les ponts depuis le premier balbutiement primal
des bordelais adorés, l'effet "Tostaky" avait renouvelé
et sans doute rajeuni le "following" du groupe, l'étincelle
"Le vent l'emportera" l'a tout autant fait évoluer, et
brasse de nouvelles âmes vers une nouvelle célébration
renouvelée
. Je
parcours des yeux les nombreux T-Shirts, "Noir Désir",
"ND", "Tostaky", en noir, en noir et blanc, en rouge
désir, autant de trophées ramenés d'autres concerts,
de festivals passés, autant de souvenirs et de reliques fièrement
exhibés. Même si,
sur les planches, les grattes ont fait leur apparition, ça traîne
encore ce n'est que par après que m'apparaîtra l'évidence
de ce retard pas si involontaire que cela,
indépendant de
contingences techniques, résolues depuis bien longtemps
tandis
que la Belgique patiente - ou si peu ! -, c'est le sort de la France que
distillent peu à peu les médias, le groupe est certainement
en train de prendre connaissance des résultats du scrutin qui arrivent
au compte-gouttes en coulisse. Je les soupçonne d'ailleurs de s'être
fait afficher depuis les stands
heu sorry ! les coulisses! , la
progression des pourcentages tout au long du show, au fil de leurs sorties
de scène
21H10, la pression du public flirte avec les sommets
de chahut, la salle surchauffe, tandis que la sono s'emballe un peu en
diffusant "another brick in the wall" de Pink Floyd, morceau
caustique et revendicateur, comme par hasard ! Ce serait une
parfaite intro pour commencer le banquet sonore auxquels nous sommes tous
conviés
la foule se met à ânonner le refrain
pour mieux s'en persuader, mais s'enchaînera encore un Blues aux
sonorités africaines( # ** # )
qui n'atteindra pas son terme
Car sans prévenir,
la salle s'obscurcit graduellement, jusqu'au noir complet. Enfin ! Le
chahut et la pression de la foule augmentent encore, de grosses vagues
agitent les premiers rangs, tandis qu'on distingue avec peine les cinq
silhouettes qui se glissent sans précipitation vers leur instrument
respectif. Chacun retient
son souffle
Etonnement : alors qu'on les croit prêts à
bondir, à allumer la mèche instantanément, comme
ils l'ont tant de fois fait, si spontanément et dès les
premières brasses
ici et aujourd'hui, au contraire, ils se
sont positionnés calmement en repli dans l'obscurité qui
règne sur le podium
Le barouf soudain
de la fosse s'atténue dès après les premiers sons
sortis des diffuseurs
du plus profond de ces ténèbres
complices, on entend monter lentement des râles rauques et gutturaux,
des notes lugubres, des cris prolongés, une litanie grave, plasmodiée,
ils démarrent en direct des catacombes par une mélopée
digne des chants tibétains ou de prières indiennes, qui
monte en volutes et se disperse dans toute la salle. Le calme a regagné
le public qui accompagne cette intro inédite d'un silence inquiet,
surpris et curieux
qui va obstinément se prolonger tandis
que cette gymnastique vocale se poursuit
on découvrira alors
que ce long prémisse n'est que l'intro de "Ernestine" dès que
les premières paroles sont reconnues, le parterre devant la scène
commence à onduler de contentement. Mais se calme assez rapidement
Le groupe va poursuivre
son set sur la même trajectoire de retenue avec "Si
rien ne bouge" La voix module,
se pose avec précision et douceur, et est subtilement enrobée
dans un sirop mélodieux. C'est le moment
que Bertrand choisit pour prendre connaissance de l'enthousiasme qui règne
parmi la foule
et de s'épancher sur le souci qui le mine
depuis un temps : "Ca va la Belgique ? On est bien, chez vous, vous
savez
. ?"
Chez nous en France, on a repoussé
la bête à distance
il nous reste à nous occuper
de l'autre guignol !". Comme je m'en doutais un peu, le contexte
politique de la journée est tellement évident pour un français,
que le groupe ne pouvait occulter entièrement le sujet. Bien au
courant de notre propre situation, Bertrand aura aussi un petit commentaire
sur ce parti nauséabond qui, chez nous aussi, a montré sa
vivacité gargouillante lors de notre dernier et déjà
lointain scrutin. "Si les jeux sont faits, au son des mascarades, on pourra toujours se marrer " Sans vraiment
laisser le temps aux salves d'applaudissements de se développer,
Bertrand rajuste son micro pour mieux s'élancer, comme à
son habitude ? ? Que nenni, du moins pour l'instant, car très subtilement,
ils continuent par "Septembre en attendant" qu'ils exécutent
sagement, subtilement, avec du mou sous la pédale, en prenant leur
temps pour le siroter et glisser en un subtil enchaînement vers
"A la longue", un autre morceau
assez calme, mais déjà un peu plus rapide qui a rarement
figuré au programme de leurs concerts
Bertrand démontre
toute la souplesse et la maîtrise retrouvée de son organe-instrument,
la voix me paraît néanmoins étrangement éraillée,
quasi fragile, hésitante et je me surprends à avoir une
funeste pensée que je croyais appartenir au passé live vécu
avec les Noir Dèzes : "s'il force d'avantage, la voix va-t-elle
tenir ??" "A
l'envers, à l'endroit" va justement servir d'étape
transitoire vers un palier de compression que tous semblent prévoir
et attendre. C'est tandis qu'ils déroulent calmement le crescendo
de ce premier extrait du tout récent album, que je remarque l'évidence
que j'ai sous les yeux depuis un temps déjà
ils sont
cinq sur scène ! ! Ce n'est pas que
cette présence me semble étonnante ou incongrue, puisque
je les ai déjà vus renforcés des poumons expressifs
de Akosh S. lors de la dernière tournée en nos contrées,
celle de "666.667 club". Sans vraiment remonter aux origines,
j'ai aussi pu me compter parmi les participants des premières tranchées
belges, d'où j'ai pu vivre les concerts de N.D. quand il comptait
en son sein le violon flamboyant de François Bubu Boirie . Mais, comme beaucoup,
j'en étais resté à l'habitude de les voir le plus
souvent s'exprimer sur les planches sous la forme d'un quatuor de mousquetaires
électriques, fixé dans sa formation depuis l'arrivée
de Jean Paul Roy. Cette fois les
instruments gérés par ce cinquième complice (qu'un
complément d'info ultérieur me permettra d'identifier sous
le patronyme de Christophe Perruchi) sont plutôt du type électronique.
De toute évidence, la façon dont on l'a placé sur
la scène dénote bien qu'il ne s'agit pas d'un renfort ou
d'un apport occasionnel et annexe, mais bien d'un participant à
part entière à la cohésion musicale du gang. Et de fait, il
suffit de s'aiguiser un peu l'oreille pour noter l'omniprésence
des saveurs électroniques, qu'il bidouille savamment et dont il
glace les compos d'un nappage synthétique directement hérité
de l'album des remixes. Ce CD, de toute évidence, restera une étape
essentielle dans la progression de la carrière du groupe. Les boucles, bruitages,
séquences ou sonorités de claviers électroniques
qu'il diffuse enrobent les mélodies familières d'un emballage
sonore nouveau
tandis que le groupe module à loisir, contrôle
ses pulsions et se retient de moins en moins. Ils ont dû
bien réfléchir à constituer leur "play-liste",
la doser, soupeser chaque titre
trahissant ainsi la maturité
que ne pouvaient que gagner ces chiens fous de délires sonores
Car, pour l'instant, ils ne forcent pas le trait, mais attaquent
à légers coups de pinceaux, l'uvre est diluée,
se travaille en couches légères, subtiles, transparentes,
pour des tags à la bombe, plus violents, ou l'expression de la
fureur de l'énergie pure, il va falloir faire preuve d'un peu de
patience. Ce que tous ne veulent pas comprendre : les premiers "Tostaky"
vociférés du premier rang commencent à fuser ! On n'en est déjà
plus au stade des murmures et chuchotements, mais après un démarrage
en douceur-et non plus tout en fureur-, le ton affiché semble vouloir
procéder par paliers, en laissant graduellement chauffer la machine
on débute la rafale au diesel, le napalm a été
(provisoirement ?) remisé
ou alors on en cherche la clé
La rage, le défoulement,
l'énergie pulsée à grosses goulées, on le
pressent, ce sera pour plus tard. Bertrand, dans
son coin, se livre à un discret rituel, d'une petite bouteille
il s'envoie quelques gorgées de ce breuvage mielleux secret qu'il
garde toujours à portée de sa glotte, me voilà rassuré
: je me rends compte que mes craintes n'étaient pas fondées
: sa voix va très bien, il la dorlote calmement, les efforts qui
ont précédé faisaient partie d'une simple période
d'échauffement
de ses cordes et, simultanément, de
mes nerfs ! Car le plat de
consistance est soudainement amené : "Les
écorchés" La composition
originale est passée sur le billard, écorchée, la
mélodie l'a été ,elle aussi, les guitares en sont
presque gommées, tandis que des sonorités d'orgue électrique
lui donnent un lustre sonore inédit. Toute la trame
mélodique est remodelée fondamentalement sur un détail
de la composition qui devient soudain un gimmick essentiel
"white
light, white heat!!" "WHITE LIGHT, WHITE HEAT " ! ! purée
les voix ! ! Trois ou quatre voix au minimum qui d'un coup s'accordent
et se rejoignent pour mieux arrondir le canon et booster l'émotion
! Laissées
de côté l'intransigeance et la férocité d'autrefois,
la composition apparaît plus épurée encore et d'autant
plus efficace
En réaction,
on sent déjà la foule vibrer d'un coup, d'une seule masse,
elle se met à onduler, c'est le premier titre vraiment costaud
et la houle humaine s'agite en tous sens, l'onde se répercute tout
au long de la salle, par grappes et vagues entières
on emmène,
bras dessus, rictus crispés dessous les kamikazes des premiers
rangs, à bout de souffle, qui se sont aventurées bien trop
près de la ligne de front et ont brûlé trop vite leur
réserve d'oxygène à la flamme de l'énergie
intacte que diffuse à présent le commando, qui, sur la scène
embrasée de lumières épileptiques, sort de sa réserve,
secoue sa fausse torpeur !
Cet embrasement soudain me ramène
en mémoire les concerts passés : la fougue légendaire
des ND a souvent fait des victimes consentantes parmi son public toujours
compressé d'enthousiasme. La prestation
de l'équipe vient de monter d'un cran, elle devient plus dense,
plus intense, de façon progressive, irrépressible, la turbine
musicale est parvenue à parfaite température et atteint
son rythme énergique de croisière ! L'étincelle
a été prévue à un moment clé du répertoire
de ce soir et embrase d'un coup l'audience : le pogo se répand
ensuite comme une déferlante, enjambant même les premières
rangées de sièges
Je n'avais plus vu cela depuis
que l'ami Manu et ses potes de Radio Bemba étaient venus mettre
le feu dans la même antre ! 8000 personnes
vibrent soudain à l'unisson dans ce temple dédié
à la musique dont l'acoustique dessert idéalement ce concert,
elles sont prêtes pour le plat consistant, les mélodies enlevées,
survoltées, déchaînées
Les lights et
la mise en scène ont toujours été soignés
chez les Noir Dèz. , et cette fois encore, tout a été
repensé, revu, reconstruit, le fond de scène varie selon
les tensions : la peinture du dernier CD peut, à l'envi, faire
place à un écran géant révélant tantôt
de dias figées ou des séquences vidéo, trames de
fond ou jeux de transparence qui participent aux nombreux effets des projos
fixes, mobiles ou programmables, dardant le ring musical d'ambiances variées,
d'effets efficaces, subtils, recherchés, parfaitement saccadés. La création
lumineuse est bien une vraie composante de ce spectacle vibrant, constitué
de jeux simples, mais aussi bourrés d'inventivité, comme
ces spots de type "cinéma " qui s'étendent au
bout d'une longue perche fixant un énorme il "orwellien"
au-dessus de chaque musico, installant sa surveillance "loftienne",
et dont l'axe se strie soudain d'une traînée de points stroboscopiques,
imitant, l'effet de munitions traçantes. Via le jeu de
l'ombre digérée par des clartés maîtrisées,
toutes les ambiances sont subtilement transmises : les lueurs peuvent
se faire vives, saccadées, tantôt éblouissantes, par
la suite tamisées et complices des émotions plus retenues.
Du vrai boulot de pros du spot ! Et toutes ces
cascades lumineuses ont bien vite leur répercussion : les premiers
rangs qui n'attendaient qu'un signal tacite de plus se défoule
enfin et se laissent happer par une transe communicative dont l'épicentre
vogue vers divers endroit du public. "One
trip, one noise", qui ne renverse
pas la vapeur, au contraire, car depuis qu'ils ont exposé leurs
compositions aux suggestions talentueuses des remixeurs, des beats électroniques
des plus pulsés ont intégré cette mélodie
incontournable du concert
et lui ont insufflé un venin nouveau. Après avoir
osé les confier à d'autres mains créatrices, les
compositeurs originaux reprennent possession de leurs créations
et prouvent qu'ils ont su tirer une leçon profitable de ces versions
par lesquelles les remixeurs ont pu exprimer leur propre vision sonore
et ils donnent à présent une évidente traduction
de ce qui leur a été permis d'apprendre
Cette mélodie
à l'origine formatée sur un rock basique très carré,
violemment saccadé s'est métamorphosée en un reggae
dub lourd et lancinant, dont la rythmique est renforcée par l'intervention
de salves de claviers vrombissants. Leur vision du sujet prouve sans hésitation
aucune qu'ils sont toujours prêts à innover et à se
remettre en danger et en question, et qu'ils ont depuis repris possession
de leur création. Ils l'ont cette
fois autopsiées eux-mêmes la trame mélodique, pour
mieux en extirper de nouveaux éléments. Stimulée
et présentée sous nouvel un habillage délibérément
électronique, ils la régurgitent, transcendée en
une édition complètement métamorphosée qui,
dans sa nouvelle densité, recueille les vivats de la majorité. Même si
les guitares passent sur ce titre quelque peu au second plan, Serge a
visiblement terminé son échauffement et reprend cette gymnastique
gestuelle saccadée, ces pas de danse qui n'appartiennent qu'à
lui et lui font exprimer sa vision de l'expression musicale comme un si
c'était un art martial. Il se remet ponctuer ses riffs de bonds,
de ciseaux réalisés avec un incroyable naturel, avec une
réelle souplesse et une grâce évidente, sa guitare
tenant lieu d'arme de défense comme de défonce. Participant du
même raisonnement, je ne me souviens pas (plus ?) l'avoir vu casser
une corde, et ce n'est pas faute de les solliciter à l'extrême
en extirpant des entrailles de son instrument des riffs tranchants, violents,
abrasifs. La rythmique se
déroule, plus dense, plus intense, enveloppante, Denis serre les
dents pour ne pas laisser les tempos faiblir, Jean-Paul paie sa concentration
par une certaine "staticité", que son efficacité
à gifler ses quatre cordes pardonne immédiatement! Une petite pause
est marquée tandis que, devant nous, la présentation de
la scène, de nouveau plongée dans les ténèbres,
subit une métamorphose
Un rideau vaguement opaque et strié
sépare à présent le public de l'espace-scène
et s'allume alors
"Le
grand incendie" ,qui débute
dans une dimension lumineuse volontairement claustrophobe
le groupe
est littéralement enfermé dans un étrange et lugubre
bocal cubique dans lequel lumières et fumée s'enchevêtrent,
mêlés d'éclairs diffus, de rayons étouffés.
Des silhouettes fantasmagoriques, prisonnières de ce décor
s'agitent et arpentent en tous sens, les ombres se chevauchent violemment
en une macabre et violente cérémonie
La lumière
joue sur les trois dimensions de cette cage dont la seule paroi transparente
et lamellée semble protéger le public d'un cataclysme en
train de gronder
Beaucoup d'encre
a déjà coulé pour illustrer l'aspect prémonitoire
de ce titre, même si Bertrand lui-même ne s'est pas trop épanché
là-dessus
mais qui peut oublier que l'album détaillant
ce qu'il faut bien appeler d' "étranges prédictions"
s'est retrouvé dans les bacs un funeste onze septembre
C'est donc une
ambiance proche du sort réservé récemment aux "twin
towers" et à leurs occupants qui est illustrée ici. Les vagues violentes
des premiers rangs se communiquent rapidement aux plus éloignés,
ajoutant une dernière touche surréaliste au tableau du naufrage. Quand vont-ils
donc distribuer les extincteurs
? ? De la houle des
premiers rangs s'extirpent les premiers "crowdsurfers", qui
glissent sur les mains et progressent au-dessus des têtes en direction
du brasier
ils n'iront pas bien loin
même si la fougue
du public de ND est connue pour ne pas toujours être simple à
museler, il faut bien être réaliste : ici à Forest,
la scène est trop haute, trop éloignée
trop
bien protégée ! Les plus énergiques parviendront
tout juste jusque la barrière de front de scène, où
les costauds du service d'ordre les prennent en charge, les serrent de
près
et les dirigent vers les coulisses latérales
pas un seul saut de stage-diving sur toute la soirée ne
sera accordé! ! C'est dire si
la formule du concert peut avoir changé
je me souviens d'ambiances
tellement endiablées dans le Nord de la France que les premiers
aficionados se hissaient déjà pour rejoindre le groupe sur
scène et ensuite se jeter dans la foule alors que les musiciens,
sortant à peine des coulisses venaient seulement d'empoigner leurs
instruments et qu'aucune note n'était encore jouée
!
! Il fut aussi une époque, pas si lointaine, où les musiciens
payaient tout autant de leur personne et plongeaient eux aussi avec délectation
vers les bras aussi nombreux qu'accueillants
en conclusion de concert,
voire même au plein milieu de celui-ci, pris par une fougue soudaine
de partager des émotions encore plus physiques
il y eut certains
concerts lors desquels le micro de chant ne revint jamais sur scène,
chapardé par un public trop heureux de chaparder pareil trophée
! Après cet
attentat mélodique réussi, qui a dynamité l'enthousiasme
général, un certain calme revient, tandis que la scène
se dégage, et s'habille d'une atmosphère plus sobre
Du
cur de cette obscurité revenue montent soudainement des sons
étranges, d'interminables notes modulées, que l'on a difficile
à identifier, il faudra un temps certain pour réaliser que
Bertrand est en train de jouer avec l'élasticité de son
talent vocal, se lance dans des improvisations, des expérimentations
qui vont ainsi l'amener à passer d'un chant guttural, quasi-bouddhiste,
à des mélopées tournoyant en volutes montantes, dignes
des incantations arabes
toute cette mise en bouche pour mieux nous
préparer à cette fresque subtilement lugubre qu'est "Le fleuve", que Bertrand démarre
en solo, de sa voix nue, sans instrument, appliquant encore une fois une
métamorphose créative à l'une de leurs torches les
plus réputées
l'acteur Bertrand met alors toute son
âme pour nous faire vivre son texte, scénario ramené
à sa trame la plus simple et la plus crue, débitée,
scandée, criblant cette déclamation poétique de gestes
et de mimiques, transformant les ambiances pseudo-bucoliques des images
d'origine en un mini scénario très "polar", que
l'on découvre en direct. Denis rappelle
alors sa présence et insinue ces battements aériens, entêtants
et obsessionnels, roulements syncopés que rejoignent alors les
arpèges tranchants de Serge, et la mélodie repart alors
habillée cette fois de tous les instruments pour une version des
plus mouvementées de ce morceau-phare de leur répertoire
auquel ils apportent encore une nouvelle patine, les claviers se font
omniprésents et insufflent un torrent de sonorités.. Le groupe pulse
comme jamais, en une cohésion quasi-tribale que rien ne semble
pouvoir entamer. On n' a pas le
temps de s'en remettre et d'applaudir qu'ils enchaînent sur "La chaleur" dont ils font
monter la température graduellement en un irrépressible
crescendo, finissant en un feu d'artifices de sons et de rythmes rageurs. Et toujours l'omniprésence
de cette voix qui fait craindre de nombreuses fois la rupture, mais joue
néanmoins le funambule d'un timbre à l'autre, s'étirant
entre les limites extrêmes qui vont de la confidence chuchotée
aux hurlements époumonés, se risquant aussi sans honte à
triturer ses propres limites... la totale vocale quoi ! ! Bertrand se démène
en tous sens, comme un pantin désarticulé, postillonnant
à l'envi, tantôt debout, bondissant aussitôt, pour
mieux se retrouver ensuite au sol, mimant les coups de poignard, exorcisant
cette violence intérieure, contenue, modulée à foison,
expulsant le plus gore des textes qu'il ait jamais écrits.Ils marquent
ensuite un temps, s'essuient généreusement, vont-ils enfin
marquer le break ? Nous laisser souffler ? Bien sûr que non ! ,il
reste encore d'autres albums à visiter pour que tous soient contents
et c'est le tour de "Fin de siècle" d'être exécuté
sans ménagements, Bertrand ajoute aux lyrics habituels toute une
gestuelle, décrivant en détails ce qui le hante
"
Sous le ciment, les plaines " (1990, sous un déjà lointain
septennat guignoslesque !) fut l'album qui révéla en premier
leurs inquiétudes sur le fonctionnement du monde qui les entoure,
les emploie, et les entraîne. " 666.667 club", par la
suite, avait vu le déploiement de leurs convictions et rivé
définitivement le clou de leur implication par des prises de position
tranchées. Il leur serait
en effet vite reproché de s'abandonner à une démagogie
facile et de faire de leur concert une tribune
C'est d'autant
crucial que le sort à l'heure qu'il est en est jeté, et
que ce ne sont pas les Belges qui sont devant eux ce soir qui vont pouvoir
accentuer le résultat ! (nous qui, sache-le
ami français qui me lit, n'avons pas la même liberté
électorale que vous, puisque, en nos plates contrées, le
vote des citoyens majeurs reste obligatoire !) Il me semblait
impossible que Bébert la boucle sur ce sujet crucial... même
s'il se modère pour ne pas faire retomber l'ambiance générale,
il laissera fuser de rares, brèves et caustiques remarques et placera
plutôt sa rage intérieure sur le sujet dans un supplément
de défoulement. Moi, je continue
à être persuadé que du fond de la coulisse, discrètement,
on les panneautait sur l'évolution des résultats en train
de se révéler, les rassurant (si peu !) sur le sort de ce
pays où certains des démons sont sinon calmés du
moins contrits !Un nouveau robinet d'énergie a dû être
ouvert car c'est une version embrasée de "Lost
" qu'ils entament
là, dans l'enchaînement
Bertrand met toute
son âme d'acteur-né dans cette interprétation, avec
cette façon sans égal de jeter les mots comme des étincelles,
sa détermination semble vouloir laisser en nous des écorchures
salutaires si bien qu'il s'époumone davantage encore, scandant
ce refrain sans faiblir, de façon hypnotique
Et soudain, il
se met à pleuvoir dans la salle
non ? Si ! Les pompiers
? En retard pour le grand incendie? ? Je blague
si peu
l'ambiance
et le défoulement général ajoutés à
une climatisation asthmatique ont permis à une telle couche de
condensation de s'agglomérer au-dessus de nous sur la haute paroi
du toit de la salle, qu'elle retombe à présent en lourdes
gouttes, bonjour l'étuve ! Je ne serai pas fâché de
les revoir dans des conditions
disons plus oxygénées
en plein air par exemple! "
A l'arrière des taxis " Depuis le début
de ce concert, c'est clair : ils ne vont pas s'endormir dans une formule
de routine : chaque morceau a été remis en question, sa
structure travaillée dans sa substance, le vernis est gratté,
la mélodie décapée, passée à la moulinette,
est étalée sur une nouvelle palette musicale, maquillée
de frais ou épurée jusqu'à la moelle, le moule d'origine
est cassé et les ingrédients compressés dans un style
novateur, volontairement créatif. Noir Désir a encore reculé
les limites de son talent de créativité, de chaque titre
un détail, une strophe, un riff, un mot est extirpé, monté
en épingle, mis en exergue et toute la chanson est remontée
sur ce châssis neuf... Elles sont tout
bonnement incroyables l'inventivité et la remise en question par
lesquelles sont passées leurs principales compos, que je prétendais
connaître à fond. Les plus connues
biens sûr, mais les plus discrètes ont aussi droit à
leur tour de manège en pleine lumière et je me mets à
espérer qu'ils auront bien vite le projet de graver pour la postérité
ce superbe travail de refonte, ce qui nous permettrait de ne pas oublier
l'expérience unique qu'ils sont en train de diriger sur cette scène. Parmi leurs premiers
brûlots ( tiens ! ils ont sucré TOUT le premier mini-album!)
celui-ci n'échappe pas au recyclage : l'interprétation dégorge
de conviction et de personnalité. Le sort, chaque fois différent
et unique, qu'ils réservent aux titres les plus attendus par le
noyau dur des fans de la première heure, cela en devient drôle,
caustique et surtout narquois : pas question qu'ils se prennent trop au
sérieux puisqu'ils démontrent ainsi que leurs succès
les plus connus ne sont pas figés, ne seront jamais immuables,
que tout peut sans cesse être remis en question, écartelé,
démantibulé, puis remonté dans une toute autre acception
Il
n'est pas simplement question de recyclage ou de réactualisation,
ici il s'agit bel et bien de ré-création qui a dit résurrection
? Ils sont toujours restés artistiquement bien vivants et en pleine
forme ! "l
'Homme pressé" va ensuite, lui
aussi, subir une métamorphose des plus énergiques : les
guitares se sont faites enrobantes, le beat s'est arrondi de façon
vraiment provocante, c'est presque un rythme funky qu'ils nous déroulent
là
le temps d'imaginer chez qui on pourrait trouver des
références auxquelles se raccrocher (James B.? Prince
au passage !), et le morceau change encore, s'accélère,
le débit de Bertrand monte d'un cran, cavale en liberté,
la scansion bat de plus en plus la chamade. Bertrand a jeté loin
de lui sa muselière et est en train de donner une leçon
de débit de mots à tous les rappeurs de la planète,
il accélère toujours, provoquant le tempo de Denis dans
un duel de vitesse, le batteur sert à nouveau les dents, mouline
tout ce qu'il peut, amené par son chanteur dans ses retranchements
ultimes, jusqu'à ce que, les muscles tétanisés, il
abandonne le sprint en giflant une dernière rafale de coups pour
mettre lui-même enfin un terme à cette course de coups et
de vocabulaire mêlés. Denis, un jour,
faudra penser à le peser avant et après le concert, juste
pour se rendre compte du loisir !Les titres s'égrènent déjà
depuis près de deux heures, mais personne ne s'en rend vraiment
compte et, en fait, tout le monde s'en fiche, chacun déguste son
plaisir à longues et goûteuses goulées
jusqu'à
ce que soudain, à la surprise générale, chacun des
musiciens quitte son instrument et emprunte le même parcours pour
disparaître de la scène après quelques gestes de la
main pour remercier le public
ou mieux l'exhorter à les
réclamer
"Ite, missa
est"
mais les communiants ne sont toujours pas repus, pas
encore et personne ne s'en laisse conter
C'est sans aucune hésitation
que le rappel se construit, de plusieurs foyers répartis dans toute
la salle
Notre arène nationale se transforme vite en une
énorme marmite résonnante
mais c'est cette fois le
public qui martèle le tempo. Seules quelques
minutes d'applaudissements disciplinés et de slogans criés
à la cantonade nous priverons des animateurs de la soirée
qui réapparaissent rapidement, affichant tous la même
banane de satisfaction ! C'est le moment
que Bertrand choisit pour placer sa petite banderille critique "
On l'a échappé belle, chez nous, en France,
dire
que maintenant on a Chirac comme sauveur
amis belges, vous savez
qu'on était sur le point de demander l'asile politique ? ?" Ils rient tous
plutôt jaune à l'énoncé de ces réflexions
car ce n'est pas vraiment un score bien rassurant qui vient de tomber,
plutôt un verdict saumâtre, tout juste bon à soulager
le rictus, un check-up de cette Marianne que l'on découvre soudain
lépreuse et dont le bilan de santé tardif a contraint la
majorité des courageux votants à choisir le préservatif
poisseux Chirac, seule solution à l'heure actuelle pour se prévenir
du virus de la gangrène politique qui vient de se révéler
si vivace ! En y regardant
de plus près, au détour des textes ciselés par Bertrand,
combien de revendications, de convictions, d'espoirs, d'illusions, qui
d'un simple rond de crayon dans l'isoloir sont passés à
la moulinette de l'histoire ? Si
un jour tu pointes ton nez vers l'extrême, je t'en prie rejoue
. Mais la parenthèse
est déjà passée
"
Des armes " A cappella, Bertrand
y met tout son cur pour cet hommage à Ferré accueilli
par un silence quasi-religieux qui gagne alors l'assistance, l'émotion
est si dense qu'elle en devient palpable, on perçoit vite qu'une
une vague de frissons parcourt la foule qui retient son souffle pendant
que Bertrand dépense le sien sans compter et pousse ses cordes
vocales à limite de leur tension pour faire monter l'adrénaline
en même temps que l'intensité dramatique du sujet
"un
ange passe
." Pour trois minutes
et quelque, on participe gratos au festival de la chair de poule
C'est
aussi ça, Noir Désir, une rasade d'émotion pure,
intacte, primale, juste une voix, quelques nuages de musique et ce public
soudain si sage et attentif qui renvoie en direction de la scène
la vibration reçue, renforcée de son contentement tacite. Des armes citoyens,
pour former le bataillon d'un si délicieux affrontement sonore
! Je me rends alors
compte que, malgré mes premières craintes, la voix de Bertrand
a tenu jusque là et qu'elle vient de démontrer toute son
ampleur et sa santé
il la contrôle parfaitement, comme
un instrument indépendant, la module du chuchotement bas jusqu'au
cri le plus haut perché, débité à plein souffle
et à pleine puissance, et ce, sans trop de difficulté apparente
! "
Des visages, des figures " dans une version
assez fidèle à l'album le plus récent
suite
à cette relative accalmie, ils saluent à nouveau et s'éclipsent,
nous laissant là avec notre impression de trop peu
on ne
peut sortir d'un concert des Noir Désir sur une conclusion si calme?
Ils vont revenir, ça c'est sûr
on a été
sages, on a droit au dessert, c'est obligé
! Ils vont se faire
prier longuement, testant sans doute ainsi l'énergie qui reste
aux spectateurs impliqués dans leurs délires sonores. " TOSTAKY
! TOSTAKY ! ! ! TOS-TA-KY ! ! "
ça fait déjà
un bon quart d'heure qu'un petit parterre d'irréductibles scande
son envie, forme un canon pour réclamer sa pitance dès qu'un
peu de calme leur permet de se faire entendre
Ce sont des sonorités
étrangement calmes et douces que s'échangent alors les deux
guitares de Serge et Bertrand, poursuivis par le ronflement épais
de la quatre cordes de Jean-Paul
on n'en est pas vraiment à
chercher du bois pour allumer le feu de camp, mais pas loin
une
mélodie inconnue s'enchevêtre, se développe, chacun
se regarde, interloqué
que nous préparent-ils donc
là, rien de familier auquel la mémoire puisse se raccrocher
Ce n'est qu'après
une très longue intro mystérieuse, après des détours,
une ballade mélodique de traverse
que lévidence
se révèlera progressivement : depuis près de deux
minutes ce morceau qui s'installe c'est ? ? mais c'est bien sûr
! c'est
les phrases de la mélodie changent, le rythme effectue
une petite pirouette et une mélodie chaloupée reconnaissables
par tous se dévoile soudain, la voilà enfin la
perle mélodique du dernier CD : c'est effectivement "
Le vent l'emportera" quils sont
en train de nous mitonner depuis quelque temps, amené suivant une
recette tout à fait inédite
joli coup de bluff !!
et avant même le premier refrain, la salle entière reprend
les paroles reconnues et déjà archi-connues. Bizarre, zarbi
cette chanson
elle paraît un peu incongrue dans leur répertoire,
pas vraiment dans le ton général de leurs précédentes
créations, du moins jusqu'avant de nous faire découvrir
ce dernier album. C'est pourtant par ce titre qu'ils se sont mitonné
une nouvelle fraîcheur, ouvert de nouveaux horizons, croisant au
passage la trajectoire de Manu, leur pote de longue date, qui a eu la
guitare qui le démangeait et est venu gratter un petit peu, au
bon moment et de façon délicieuse! Grâce à
ce petit coup de pouce, ils parviennent sans difficulté à
prouver à ceux qui les croyaient figés dans des recettes
connues, que l'on peut faire aussi de sacrées bonnes chansons avec
quelques pincées de subtilité, assaisonnées d'une
certaine futilité "
21st century schizoid man" de King Crimson. (pourtant
j'aurai parié pour du "T-Rex" survitaminé !) Un groupe aussi
intransigeant que créatif, aux sonorités lourdes et sophistiquées,
parfois expérimentales, que je suis peu trop jeune que pour avoir
abordé dans sa première mouture, dans les années
70 naissantes, y accordant mon attention, sans réel intérêt,
plus tard, dans les 80ies lors d'une des renaissances du groupe.. Je soupçonne
Sergio d'avoir amené cette surprise-là : Robert Fripp, guitariste
du King Crimson , expérimentateur de tout crin et virtuose exploitant
à fond les ressources de l'électricité sur six cordes,
est une référence en béton pour tout guitariste -un
temps soit peu bruyant- qui se respecte ! Pour l'heure c'est
par des rafales d'énergie défouraillée que les Bordelais
scandent cet hommage à un groupe aujourd'hui défunt, en
en démontrant l'éternelle vigueur et rigueur. Les cinq voix
se réunissent pour s'époumoner en chur sur les giclées
du refrain
Je serai curieux de retrouver les lyrics qui y correspondent,
ils ne doivent pas être si innocemment choisis non plus! "Comme elle vient", enchaîné
sans aucun répit, repris dans la foulée avec une fougue
enfin libérée. Toute retenue abandonnée, on retrouve
soudain, intacte et spontanée, la furia des Noir Désir d'antan,
ils ne sont toujours pas calmés, ni domptés ni rassasiés
et de toute évidence, ils se gavent du plaisir de cette vivacité
débitée sans frein Bertrand démarre
une folle sarabande, arpente les planches en tous sens, vient rejoindre
Sergio qui agite son manche comme une rame en pleine tempête, cavale
ensuite guitare au clair pour venir défier Denis au pied de son
podium, puis revient pour mieux provoquer le déséquilibre
de son pied de micro
toute la puissance et la rugosité de
la formation est à présent redevenue vivace et les voix
cumulent leur férocité avant de conclure dans un tourbillon
sonore final
Puis, sans même
laisser le temps aux plus concernés de se manifester à nouveau,
le gimmick speedé de "Tostaky"
est plaqué
par un Sergio qui reprend sa promenade magique, saute, bondit, gifle ses
cordes sans ménagement, fait des copeaux de ses médiators. Et le public,
lui aussi, de repartir à marée haute, car c'est l'électrochoc
que beaucoup attendaient, et pour lequel ils ont gardé une petite
musette d'énergie
et ils ne se gênent pas pour bousculer
tout à l'entour et démontrer que ça ne les a rendus
que plus fougueux d'avoir dû attendre si longtemps, rappelant à
tous que Noir Désir, ça peut être simplement et basiquement
du bon rock à pogo
JUMP! JUMP! Ils pourraient
en rester là et nous laisser à ce délicieux bourdonnement
que cette marée sonore nous laisse à présent dans
les oreilles
Fourbus, ils s'épongent, se repositionnent et,
avec la volonté évidente de fermer la boucle de l'événement
qui nous implique tous, repartent vers une ambiance plus tamisée,
comme celle qui a d'ailleurs débuté le concert. C'est dans
un certains recueillement que l'ambiance musicale ouatée s'installe
tandis Bertrand nous murmure, avec de nombreux trémolos : "Bouquet
de nerfs" La dernière
mesure à peine évaporée, les cinq acolytes se glissent
à nouveau en coulisse, après avoir ajouté ce dernier
cocktail enivrant à leur copieux menu De longues et
patientes salves de cris et d'applaudissements seront requis pour les
faire sortir à nouveau de leur tanière
le fil rouge de
défoulement, qui est souvent déroulé en conclusion
de concert, pour terminer le rassemblement dans une défoulante
rasade d'improvisation, c'est bien sûr "I
want you", , catalyseur de
cette furia qui fit la réputation du quatuor, c'est aussi le moment
choisi de déverser l'ultime giclée d'énergie qu'il
reste au groupe, déjà claqué mais qui trouvera un
dernier soubresaut encore pour cette reprise dont l'exécution dans
tous les sens du terme !- consiste en une dernière porte enfoncée
dans le mur du son sur lequel ils aiment défouler leur instrument
jusqu'à les désaccorder dans un ultime sursaut de cavalcade
sonique, se fichant enfin des repères, des convenances physiques
ou techniques
Et si Mac Cartney
était tapis derrière un rideau
y survivrait-il ? ?
Devenu un caprice
traditionnel, on ne se lasse pas de ce moment défoulatoire même
si, si vous voulez mon avis, ça ne me chagrinerait pas qu'ils s'en
fatiguent un peu et proposent des covers inédites comme exutoire
terminal. Ils s'épuiseront
éperdument dans une version abrasive, interminable, qui les amènera,
à bout de souffle, d'énergie et de voix, dans l'écho
des dernières notes de ce long galop libre, ils délaissent
leurs instruments, et se glissent hors du plateau.Longuement, patiemment
réclamés par des salves d'applaudissements renouvelés,
ils reviendront simplement saluer le public en bord de scène, affichant
tous l'expression satisfaite de ceux qui savent que leur tâche a
été plus que correctement accomplie, que ce qu'ils ont communiqué
a été intense, et qu'il faut en rester là, pour garder
un peu d'énergie intacte à distribuer aux suivants, ceux
qui, en un autre lieu, face à une autre scène, les attendent
déjà fébrilement ! Bien après
l'ultime salutation, un dernier rappel sera longuement réclamé,
même la salle rallumée, l'ovation couvrira un temps la musique
que la sonorisation diffuse à nouveau, mais il faudra se faire
à l'idée : plus de deux heures d'une longue dose de plaisir
continu et renouvelé
que demander de plus ?
Un ultime
dessert, juste par gourmandise
! La clappe se calme,
cette fois c'est terminé, la foule baisse le pavillon de son enthousiasme.
Plusieurs heures après la première note, un calme retrouvé
regagne l'arène. Les fidèles de cette grand-messe culturelle
tournent alors le dos à la scène et migrent docilement vers
les sorties, chacun sort de son trip, les gens se dévisagent (les
figures ! oups ! ), les expressions sont à la fois heureuses et
éreintées, lasses mais rassasiées, les corps fourbus,
encore noyés de transpiration. Ceux qui sont allés au front
se reconnaissent sans peine : ce sont les plus marqués, les plus
dénudés mais aussi les plus satisfaits
ils vont longtemps
encore afficher ce sourire radieux, ces yeux pétillants d'une émotion
encore crue, et partent pour l'instant dans des conversations passionnées,
chacun commentant ses titres favoris, les passages préférés
de ce concert dont ils reparleront encore et encore, à l'envers,
à l'endroit
. Chacun reprend
peu à peu contact avec le sol, la réalité, le voyage
est terminé pour aujourd'hui, tout le monde descend
certains
se mettent à chercher sur le sol ce qu'ils y ont perdu pendant
l'hécatombe
Dans les couloirs
glauques de Forest, c'est pourtant encore la cohue qui nous attend, de
longues files, d'embouteillage piéton pour extirper ma veste du
vestiaire, puis de longs instants à zoner dans le centre de Bruxelles,
à prendre l'air et à solliciter le sourire de Dame Caféine
avant de ressentir que j'ai assez récupéré de mes
forces et de mes moyens, et que je me sente apte pour un trajet de retour
qui se révèlera encore peuplé de sons, d'échos,
de mélodies qui m'accompagneront bien au-delà du saut sous
la couette. Prologue:
Ce ne fut pas
évident, par la suite, de m'efforcer de raconter comment j'ai vécu
cette soirée unique, la longueur, complexité de ce texte
en témoignent et les mots sont loin en deçà de ce
que je voudrais vraiment exprimer du plaisir et du trouble ressentis une
fois encore lors de cette nouvelle "expérience Noir Désir"
( mais là ça vire à "Rencontre du treizième
titre"). A ceux qui les
jours suivants me demanderont comment c'était ce concert du 5 mai,
j'arriverai seulement à décrire que ND joue sur tous les
registres et captive à chaque fois : ils gardent intacte l'énergie
rock pure et débridée qui leur est connue, mais la maîtrisent
bien mieux et savent à présent la débiter subtilement,
la distiller progressivement, ils savent à présent aussi
tisser dans les nuances, distribuer leurs mélodies dans la subtilité,
y ajoutant des dentelles d'ambiances jazzy ou de beats électros,
leurs titres les plus connus sont actualisés, relevés de
loops groovy, présentées sans pudeur par le cinquième
membre du groupe, omniprésent. La guitare acoustique
étant défourrée sans pudeur aucune, plus qu'à
l'accoutumée. Et, par-dessus tout, il reste cette voix, inimitable,
qui va et vient, monte et descend, caresse et racle tous les registres
de sonorité, de violence ou d'émotion. Pour ce faire,
ils ont su se remettre en question, et se remettre à l'ouvrage,
s'efforcer de séduire à nouveau, sous un autre éclairage,
de ré-inventer des recettes pourtant magiques puis de les structurer
de façon nouvelle et créative, remodelant les ingrédients
de base qui ont fait leur amalgame unique, pour oser en composer un nouveau,
tout aussi réussi, encore plus séduisant. Le moins qu'on
puisse dire, à déguster le résultat de leur travail,
c'est que l'on apprend soudain qu'ils excellent aussi dans cette discipline
qui les a amenés à réarranger leurs propres morceaux,
à remettre en cause des mécanismes, des enchaînements
que l'on croyait appris par cur et que l'on a découverts
comme simplement naturels et sincèrement spontanés. La surprise supplémentaire
pour moi, qui croyais tellement bien les connaître, fut de leur
redécouvrir une nouvelle fraîcheur, de sentir une spontanéité
différente gicler et de revenir, persuadé que, cette fois
encore, je ne suis pas près de commencer à m'en lasser ! Et puis, finalement,
le plus simple, ne serait-ce pas de me dispenser de tout ce blah, blah,
et de m'efforcer de convaincre ceux qui doutent encore ou hésitent,
à venir les voir et les vivre en concert, tout simplement
encore et encore
! A Dour ou à
Spa, j'en suis convaincu d'avance, ils sauront remettre encore une fois
différemment le couvert, pour nous offrir et le fromage et le pousse-café
émotionnels. Moi mon choix
est fait... en guise de vacances, je taillerai la route pour les Francofolies,
même sous la drache, milliard ! Avec Miossec et Jéronimo
( un espoir local qui percera bien vite la frontière!)comme apéros
sur le même podium, même au prix annoncé, ça
vaut autant qu'un bon barbecue bien entouré ! "La
musique est un calcul secret que l'âme fait à son insu" >> (1) =
Les Têtes Raide (l'Iditenté) |
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